Ce n'est pas la première fois qu'une émanation du Free Cinema britannique me laisse assez perplexe, et ce "Saturday Night and Sunday Morning", troisième film de Karel Reisz que je vois, ne déroge pas à la règle. Il y a une sorte d'austérité dans la forme qui me rebute tout le temps, alors que les récits sont systématiquement ancrés dans un quotidien aux apparences documentaires — autrement dit quelque chose qui a ma sympathie a priori, surtout qu'il s'agit ici de dépeindre la vie d'un ouvrier dans une usine de Nottingham, Arthur Seaton, interprété par le tout jeune Albert Finney, absolument méconnaissable.
Le programme est assez chargé, d'abord l'ouvrier est montré dans son environnement professionnel abrutissant, avant de laisser la place aux temps libres, aux parties de pêche, aux beuveries du weekend qui sont montrées comme autant d'échappatoires à une condition difficile. Chose peu commune, le protagoniste est montré au lit avec son amante qui est une femme mariée (à un de ses collègues), avant qu'il ne rencontre une autre femme plus jeune. Tout dans le film sera à remettre en question quand il apprendra que qu'une de ces femmes est enceinte de lui. Largement de quoi rompre avec un morne quotidien.
Je ne la trouve pas très gratifiante, l'observation de cette monotonie terrible, qui semble faite pour voir éclore une révolte qui ne viendra jamais vraiment... Reflet d'une certaine réalité sociale des années 60, symbole d'une colère qui n'était à l'époque probablement pas clairement formulée, mais qui à mes yeux et à ma sensibilité revêt un intérêt avant tout intellectuel et historique. Il y a une opposition entre les inclinations de cet homme et les contraintes posées par la société qui marquera durablement la société anglaise, puisque ce film se retrouvera, d'une manière ou d'une autre, dans une chanson des Kinks, des Arctic Monkeys ("I'm me and nobody else. Whatever people say I am, that's what I'm not, because they don't know a bloody thing about me"), et des Smiths.
"I'm out for a good time - all the rest is propaganda."
"But if any knowing bastard says that's me, I'll tell him I'm a dynamite dealer waiting to blow the factory to kingdome come.”