Le paradoxe de The Bucket List tient à ce qu’il trouve sa justesse hors de la fameuse liste, ou plutôt à mesure qu’elle se compose ou qu’elle se révise ; en cela, la première et la dernière partie du film touchent au cœur par une amitié improbable qui, toutefois, advient en elle-même, spontanément – là réside le talent de Rob Reiner, dans sa capacité à feindre la spontanéité des relations humaines. L’amitié entre Carter et Edward est synergétique, issue du concours de deux corps, de deux individus, de deux sensibilités opposées qui, en se découvrant l’un l’autre, mettent à distance leurs propres dysfonctionnements internes : la suspension du temps advient moins lors des actions loufoque entreprises aux quatre coins de la planète que dans une simple conversation, la banalité constituant le luxe des personnes en bonne santé. En voulant éviter le misérabilisme, le long métrage déjoue un temps toute dimension spectaculaire inhérente à la fin de vie, durant laquelle les mourants doivent réconforter leurs proches et ainsi renoncer à ce droit essentiel à l’ordinaire. Cette conjuration s’interrompt quand adviennent les courses, sauts dans le vide et autres voyages, condamnant le récit à se faire promoteur immobilier et la réalisation à s’improviser publicité. On retiendra The Bucket List pour l’alchimie perceptible entre les deux comédiens principaux et pour la chaleur humaine qu’ils dégagent, dénominateur commun du petit cinéma de Rob Reiner.