À l'austérité de l'image, on croirait presque voir un Pialat tant la froidure de cette campagne semble irradier de l'écran. Ou serait-ce la présence de la merveilleuse Sandrine Bonnaire qui me fait croire cela ? Toujours aussi épatante, elle incarne cette vagabonde errant les routes et les villages comme le ferait la créature d'une vieille légende locale, celle dont le passage fugace et presque irréel ne laisse pas d'imprimer sa marque dans les esprits de chacun. Bien que les âmes qu'elle croise s'étonnent de trouver une campeuse en hiver, le décalage de sa présence dépasse celui de la simple saison ; elle est la séquelle anachronique d'une liberté post 68 enterrée dans le repli sur soi des années 80. Passé de mode, le marginal est redevenu ce rebut qu'on laisse s'autodétruire sans honte, car au fond, c'est bien le chemin qu'il a choisit.