Ce film de 1920 a été réalisé par Wallace Worsley. Il nous raconte l’histoire d’un garçon de 10 ans victime d’un accident de la circulation et qui est amputé des deux jambes alors que ce n’était pas nécessaire par un médecin inexpérimenté. 27 ans plus tard, le gamin est devenu Blizzard, chef de la pègre de San Francisco, dans le quartier miséreux de la « Barbary Coast » et qui monte un plan pour créer le chaos et piller la ville. Il est aussi bien décidé à se venger de ceux qui l’ont rendu handicapé. Une jeune femme flic est envoyée travailler dans son atelier de confection de chapeaux pour tenter d’y découvrir ce que mijote le chef sans pitié…Ce film est dominé par un acteur exceptionnel, Lon Chaney, hallucinant quand il s’agit de jouer des monstres, des hommes défigurés. La prouesse est physique car Chaney a dû jouer avec les jambes repliées, ce qui ne lui permettait pas de tourner plus de quelques minutes avant que les souffrances soient trop fortes. Les muscles de ses jambes ne s’en sont jamais totalement remis.
Il réussit en plus à faire passer toute une palette d’émotions dans son personnage ivre de pouvoir et de vengeance. Lui-même se voit dominer la ville « avec la puissance d’un Néron et la nuisance d’un César » ! Il est capable d’être terrifiant, haineux, arborant un sourire proprement diabolique, pouvant aussi céder à une violence froide quand il frappe une de ses « esclaves » de l’atelier. Mais il est aussi touchant, la sculptrice voulant réaliser son portrait tombant sous son charme. Des décennies avant un acteur comme De Niro, on avait avec Chaney un comédien capable de jouer sans limite avec son physique mais aussi ses émotions multiples et complexes visibles sur son visage : combien d’acteurs du cinéma muet sont aujourd’hui irregardables car ridicules, se croyant obligés d’en faire des tonnes dans leur jeu ?! Chaney, lui, garde, plus de cent ans après une présence magnétique et inoubliable, en particulier dans ce rôle de Blizzard, qualifié par le chef de la police d’«infirme de l’Enfer ». Le point négatif pour moi est la fin, trop gentillette et décevante par rapport à l’ambiance très sombre de ce récit. Ça reste tout de même un très bon film à (re)découvrir absolument (comme toute la filmographie de Lon Chaney d’ailleurs).