De ravages en paysages, et l'homme en ver de terre. Alors que la Terre semble vouloir se boire elle-même, un accordéon gras baigne au milieu cette gargote improbable où des vapeurs règnent. Vile troupe y légumise à l'approche d'un faux prophète. Et d'autres drames s'annoncent ainsi.
Tarr musèle un monde où résonnera toujours la musique du diable. Ce sont ritournelles aux accents quotidiens de la tragédie hongroise, cloches hallucinées au lointain ou le fouet cinglant du vent dans les artères désolées d'un hameau fermier. Le choix s'épuise là...
Bienvenue en terre de naufrage. Il en est de multiples. Alors qu'un bloc politique s'effondre, on soufflera ici plutôt la tempête locale. Mais elle raconte beaucoup de tant d'épuisements.
Alors que sont annoncés deux revenants, le frisson vous prend. Nous vivons peut être les dernières heures chaotiques de la damnée bourgade avant leur fracassant retour. Deux crapules pilotées par un commissaire politique, qui n'écraseront que mieux ce petit groupe de paysans aussi veule que lâche.
Désespérance, et pluie qui tombe. La boue sera la matière principale d'une drame majuscule, et des litres de palinka.
Ils s'espionnent, se subissent et se haïssent. Leurs petits sont déjà maudits. Cruels ou prostitués, leur avenir est tout tracé.
Quel immense film nous livre Bela Tarr ici. La somme d'une oeuvre déjà pleine. Sept heures et demie posées comme un défi. Une des plus belles épreuves cinéphiles qui saura vous perdre et tout aussi bien vous enchanter. Fragments savants et correspondants, un récit se composant à la faveur du temps. Et le temps chez Tarr est de ceux qui sont scellés... Il nous faut donc ici calmer notre sang vicié, mal habitué, se glisser dans un continuum unique. Avancer contre le vent, mais savoir aussi reculer. Ailleurs pour comprendre. Autrement pour entendre.
L'expérience est totale, prenez là comme vous voulez...Plusieurs fois même. Lisez l'oeuvre magistrale de KrasnahorkaÏ dont est tiré le film, et qui signe avec son ami le scénario.
Fragmentez votre visionnage, avalez les sept heures et demie d'un trait, comme vous boiriez une bouteille d'eau de vie, mais dansez...dansez avec le diable, probablement.