Sur un satellite de Saturne, deux savants vivant reclus (Kirk Douglas et Farrah Fawcett) voient un jour débarquer le capitaine Benson (Harvey Keitel), un astronome venant de la Terre pour tester un nouveau modèle de robot, à base de fibres de cerveau humain. Mais le robot échappe vite au contrôle de son maître…
En fait, je fais croire dans le résumé ci-dessus qu’il y a du suspense, mais j'aurais pu écrire que le film nous montrait pendant 1h20 Kirk Douglas et Farrah Fawcett prendre leur thé en discutant de la pluie et du beau temps, c’aurait été pareil. Saturn 3 s’avère en effet dénué de tout ce qui pourrait s’apparenter de près ou de loin à des enjeux dramatiques, et même si sur le papier, le film raconte bien l’histoire de savants isolés dans une station spatiale avec un robot fou, on stresse à peu près autant à ce spectacle que lors de notre dernière visite à notre grand-mère (enfin, je ne sais pas comment est votre grand-mère, mais la mienne n'est pas stressante pour deux sous).
Ce qui est étonnant, c’est de retrouver le pourtant génial Stanley Donen (Chantons sous la pluie, Charade, Arabesque) aux manettes de cette série B. Pour son avant-dernier film, il reprend donc ce script de science-fiction initialement destiné à être réalisé par John Barry, chef décorateur de Star Wars, pour son premier film. Seulement, cette production fauchée s’avère bien loin du talent de Donen. L’absence de budget se retrouve en effet partout dans le film, des décors aussi cheap que kitsch à la photographie, contrainte de renoncer à tout plan large (et donc à toute ampleur) sans doute pour ne pas déborder sur les techniciens qui doivent entourer le plateau, en passant par le jeu d’acteur presque inexistant de Kirk Douglas et d’Harvey Keitel, sans doute adapté à leur salaire minimaliste.
C’est d’autant plus dommage que la première moitié du film posait des bases intéressantes qui auraient pu être bien développées en un thriller paranoïaque à la Charade, mais dans l’espace. Seulement, Donen tente d’emprunter la voie du film d’action, afin d’éviter de répondre aux embarrassantes questions posées dans la première moitié du film, détruisant ainsi tout espoir d’avoir une œuvre de science-fiction digne de ce nom. Par indulgence pour Stanley Donen et pour toute la bonne volonté dont fait preuve son film, on regarde Saturn 3 en essayant de ne pas pouffer de rire, tout en se disant que c'aurait pu être pire. Et que, décidément, c’est moche, de vieillir…