Saving Lincoln, réalisé par Salvador Litvak en 2013, affiche une ambition louable : raconter la présidence d’Abraham Lincoln à travers le regard de son garde du corps et ami, Ward Hill Lamon. Cette perspective alternative, humaine et intime, aurait pu apporter un éclairage original sur une figure historique souvent figée dans le marbre. Pourtant, malgré une intention prometteuse, le film échoue à transformer cette idée en expérience cinématographique convaincante.
Mon évaluation – 2.5 sur 10 – reflète une profonde déception face à une œuvre dont la forme prétend à l’innovation mais trahit le fond. Le principal écueil du film réside dans son choix esthétique central : le recours au "CineCollage". Cette technique, qui insère les acteurs dans des décors d’époque issus de photographies réelles, avait tout pour marier fidélité historique et originalité visuelle. Malheureusement, l’effet obtenu évoque davantage un diaporama animé qu’un récit vivant. Au lieu de renforcer l’immersion, cette approche crée une barrière permanente entre le spectateur et les personnages.
Ce procédé visuel donne au film une texture artificielle, presque figée, comme si chaque scène se déroulait dans une vitrine de musée. L’absence de profondeur et de mouvement dans les décors nuit à la dynamique narrative, et transforme le visionnage en une expérience plate, parfois même pesante. Pire encore, cela empêche toute véritable émotion d’émerger. L’histoire de Lincoln, au lieu d’être incarnée, semble récitée à distance, comme si elle était trop précieuse pour être vécue.
L’interprétation souffre également de cette mise en scène figée. Tom Amandes, en Lincoln, peine à habiter son personnage autrement que par des postures convenues, et Lea Coco, dans le rôle de Lamon, n’a pas assez de matière pour transmettre la complexité de ce compagnon de l’ombre. Leur relation, qui devait être le fil rouge du film, manque cruellement de tension dramatique et d’authenticité. Les dialogues, souvent didactiques, donnent l’impression d’une leçon d’histoire plus que d’un drame humain.
Narrativement, le film hésite constamment entre chronique historique et drame intime sans jamais trancher. Cette indécision plombe le rythme, déjà affaibli par l’absence de tension scénaristique. Même les moments censés être forts – les discours, les tensions liées à la guerre civile – peinent à trouver leur juste intensité.
Pourtant, tout n’est pas à rejeter. L’idée de mettre en lumière un personnage méconnu comme Ward Hill Lamon reste intéressante, et certains passages – notamment ceux évoquant les dilemmes moraux de Lincoln – laissent entrevoir une richesse malheureusement sous-exploitée.
En définitive, Saving Lincoln est un film qui se veut hommage, mais finit par être un exercice de style désincarné. En cherchant à innover sans maîtriser l’équilibre entre forme et fond, il sacrifie l’émotion et l’engagement du spectateur. Une œuvre qui, malgré ses efforts sincères, laisse un goût d’inachevé.