Saw marque le point de départ d’un univers qui se révélera particulièrement prolifique, donnant naissance à dix films principaux, plusieurs spin-offs et une mythologie tentaculaire. Sorti en 2004 et réalisé par James Wan, le film s’inscrit comme une pierre angulaire du renouveau du cinéma de genre des années 2000, bien avant que le cinéaste ne s’impose durablement avec Insidious et The Conjuring.
Revu plusieurs années après une première découverte peu réceptive — à une époque où le cinéma d’horreur m’était largement hermétique — Saw bénéficie aujourd’hui d’un regard plus nuancé, nourri par de nombreux visionnages, du meilleur comme du plus dispensable du genre. Et le constat est surprenant.
Contrairement à l’image qu’il traîne dans l’imaginaire collectif, Saw ne relève que partiellement de l’horreur. Le film s’apparente davantage à un thriller d’enquête, structuré autour d’une chasse à l’homme et d’un dispositif narratif centré sur la figure d’un antagoniste obsédé par une morale tordue, articulée autour de la « valeur de la vie ».
L’essentiel de la tension repose moins sur la violence graphique que sur une véritable torture psychologique infligée aux deux protagonistes, enfermés dans un jeu de manipulation mentale où chaque révélation resserre l’étau. Le climax, aujourd’hui largement anticipable, n’en demeure pas moins efficace dans son contexte de sortie, tant il jouait alors avec les attentes du spectateur et les codes du genre.
La mise en scène de James Wan, encore en gestation, se distingue par une inventivité parfois fébrile, oscillant entre efficacité brute et excès stylistiques. On y perçoit déjà les prémices d’un langage visuel personnel, même si celui-ci n’atteindra sa pleine maturité que plusieurs années plus tard. Saw s’impose ainsi moins comme un film d’horreur pur que comme une œuvre charnière, annonciatrice d’une nouvelle approche du cinéma de genre au début des années 2000.