Obsession : un titre et un sujet intrigants pour ce film d'horreur axé sur la psychologie. Nous suivons l'histoire d'un jeune homme épris de sa meilleure amie, qui fait le vœu qu'elle ne voie plus que lui et qu'elle l'aime par-dessus tout.
Le résultat est radical : le personnage de Nikki développe une obsession amoureuse irrationnelle pour Bear. Je m'attendais à un film « correct mais moyen », à l'instar de Bring Her Back ou La Main, dans cette nouvelle vague de films d'horreur issus d'Internet. Mais le résultat est bien au-dessus. Curry Barker, déjà connu pour ses excellents courts-métrages, livre ici un film intelligent et original. Il nous plonge dans une horreur viscérale, celle d'une personne remplie — finalement et simplement — d'un « amour » dévastateur à notre égard.
La mise en scène a le mérite d'être originale : le format 4:3 (ce format carré) est intelligemment utilisé pour jouer sur le hors-champ dans de nombreuses séquences. L'interprétation de Nikki est excellente ; le jeu sur les expressions du visage, souvent plongées dans le noir, souligne que son amour est prêt à se manifester de la plus violente des manières. Le film exploite cette tension constante : on la sent capable de tout pour cet amour qu'elle n'a pourtant pas choisi. Toute la première moitié joue sur sa présence obsédante — en arrière-plan, en hors-champ — si bien que, lors des scènes plus « tranquilles », le spectateur est gagné par une angoisse permanente : où est-elle ? D'où va-t-elle surgir ?
Le film joue aussi sur le côté mystique : est-elle possédée ? A-t-elle développé une double personnalité ? Certains éclairs de lucidité, où elle semble terrifiée par ses propres agissements (« Qu'est-ce que je fais ? Aidez-moi ! »), laissent planer le doute. C'est là toute la définition de l'obsession : une idée menaçante, irrationnelle, impossible à chasser de son esprit.
Si le film est une belle réussite, on regrette toutefois de nombreux faux raccords (par exemple, le réveil indique minuit puis 16h50 le plan suivant) et des objets qui changent de place entre deux scènes, ce qui lui fait perdre quelques points. Heureusement, la musique efficace et la qualité du jeu d'acteur compensent ces maladresses.
Un film vraiment original qui fait du bien dans une catégorie saturée de franchises à rallonge. L'horreur n'a pas fini de nous surprendre, et c'est ce genre de projet qu'il faut mettre en avant, plutôt qu'un énième reboot ou remake déjà vu mille fois.