Main Title by Giorgio Moroder:

https://www.youtube.com/watch?v=Aj70i0TKh-s&list=PLzKym8Fj105wOaTLaKjeE3xSMFi1o0EXB&index=1

Alors étant donné que je n'ai lu qu'une poignée de critiques sur SC en 2018 (et aucune hors du site ni avant ni après), je ne sais pas si ce qui suit a déjà été traité, mais voilà, comme je viens de le revoir, j'ai décidé de franchir le pas...


Parfois encensé par des spectateurs n'ayant pas compris le film et croyant que celui-ci ne glorifie que le côté self-made man / American Dream, ou par ceux qui ne voient que le côté violent et crache dessus, Scarface décrie justement cet opportunisme outrancier et cette soif inextinguible de l'argent, mais plus encore, le pouvoir que celui-ci a sur la personnalité d'Antonio Montana, petite frappe débrouillarde, qui va muter et devenir l'horrible Tony Montana.


En effet, cette mutation est amorcée dans l'une des scènes coupées, où l'on y voit Antonio et Manolo discuter dans le camp de réfugiés:


Manolo:

  • "-This Bogart, chico..., he's crazy man..., shit !



Antonio:

  • -More like gold dust bowing in the wind...You see, Manny, he's always looking over his shoulder. Like me..., don't trust nobody !

Manolo:

  • -Man, I guess all that gold just can make you so fucking crazy, that you don't trust nobody no more.

Antonio:

  • -Never happen to me, chico. I'll never be crazy like that, man.

Manolo:

  • -No..? How do you know this, eh ?

Antonio:

  • -Because I know.

Manolo:

  • -Oh yeah ? I think you're a little crazy already, you know...

Antonio:

  • -Oh yeah ?

Manolo:

  • -Yeah !

Antonio:

  • -Assholes make me crazy, man. But you, Manny... I'm never gonna be crazy with you. You know why ? Because I love you. You're like my brother, man...

Ce simple échange - qui aurait d'ailleurs dû être conserver dans le métrage final - montre à quel point Montana ne se connait pas lui-même et que surtout, il fera comme une bonne partie des gens exagérément riches (ou le devenant rapidement), il se perdra - et ses belles convictions avec -, une fois croqué dans le fruit défendu.


Scarface parle de ça, soit un individu voulant avoir une meilleure vie, mais ne sachant pas rester honnête envers lui-même et pire, envers ses proches.


Montana va en effet détruire tout ce qu'il touche - comme sa mère le lui fait d'ailleurs remarquer lors de leur dernière entrevue - , de sa propre personnalité à sa sœur, à son meilleur ami, à sa femme et aux gens qui ont le malheur de travailler pour lui.


Scarface n'est ni un film sur la réussite personnelle, pas plus que sur le courage - excepté celui de tuer tout un chacun pour gravir les échelons "sociaux", qu'on pourrait plutôt appeler "connerie" -, et aucunement une glorification d'un nobody devenant "quelqu'un".

Parce que Antonio Montana ne devient rien, sinon un pauvre con aveuglé par l'argent et embrumé par toute la coke qu'il s'envoie dans les narines.


Les djeunz qui le citent comme un exemple de "mec qui a des couilles " sont totalement à côté de la plaque.

Avoir des couilles, c'est s'en sortir sans écraser les autres, sans les manipuler, ni les mépriser et surtout, c'est rester en accord avec soi-même en toute humilité.


Montana n'est qu'un gros con sans morale - excepté qu'il ne veut pas vivre avec la mort des deux gamins dans la voiture piégée sur la conscience..., mais la poudre qu'il vend qui en tuera certainement bien plus que ça..., mais il s'en fout, parce qu'il ne le verra pas.

Montana n'est qu'un lâche ayant besoin de se faire respecter en usant d'une violence innée, tout en se cachant derrière des flingues, un système de sécurité et des bodyguards disséminés dans sa ridicule propriété gigantesque, qui ne lui sert à rien, hormis frimer en société.

Oh!, et le tigre ?

Le tigre traduit sa mégalomanie et sa domination sur ce grand félin..., attaché au bout du chaine très courte et caché au fond de son terrain...


Quel exemple, ce Tony Montana !


Mais quel CON, surtout !

Comment peut-on vouloir le prendre en exemple..., à moins d'être aussi con et amoral que lui.


Et c'est pour ça que ce film est très bon, car il dénonce finalement la connerie humaine !


De Palma se défait de ses habituels split-screens, transforme Miami en une cité mouvante (alors paradis des retraités) en affichant les façades bigarrées, les grosses baraques et les palmiers dans un ciel azuréen (avant qu'Anthony Yerkovitch et son esthète de producteur Michael Mann, ne la transforment en ville branchée dans le show Miami Vice, l'année suivante), contredisant la noirceur du propos.


Al Pacino est formidable et sa transformation physique (une coupe de cheveux tout sauf "in", le visage perpétuellement arrogant, le regard noir net son accent Cubain plutôt réussi, dixit ses partenaires à l'écran étant Cubain eux-même, (comme Esteban Ernesto Echevarría Samsona.k.a Steven Bauer, mais aussi Ángel Salazar / Chi-Chi, Pepe Serna / Angel... ) qui le corrigeaient lorsqu'il faisait une erreur de prononciation en espagnol) et de fait, son Tony Montana est un personnage inoubliable et détestable à souhait.

La seule once d'humanité qu'il dévoilera sera lorsqu'il se rend soudain compte qu'il a assassiné froidement son meilleur ami, son frère: Manny !


Michelle Pfeiffer est quant à elle, une magnifique sculpture glaciale et hautaine et tombant sous le charme du "bad boy" parce qu'elle est aussi superficielle que sa beauté est froide !

Un rôle de composition prouvant que la Pfeiffer est vraiment une excellente actrice, puisqu'elle deviendra 9 ans plus tard la (très) tourmentée et bouillante Selina Kyle /Catwoman chez Burton.


Elisabeth Mastrantonnio fait elle aussi preuve d'un taent indéniable dans la peau de la soeur de Tony, jeune femme timide, se laissant entrainer dans la sirale infernale de l'argent facile, l'alcool et la drogue.


Quant au reste du cast, il ne démérite pas:




  • Robert Loggia est superbe de lâcheté,
  • Steven Bauer attachant par sa beauferie (le coup de la langue !!),
  • F. Murray Abraham magnifique de duplicité (un entrainement avant d'incarner Salieri l'année suivante chez Forman)
  • et Paul Shenar, troublant dans sa beauté rageuse et arrogante (voir la scène où ils regardent tous l'interview du journaliste parlant de Sosa et où celui-ci regarde ses convives en jouissant secrètement de ce qui se dit sur lui !).

Mais il en est un qui semble passer inaperçu aux yeux de tout le monde, c'est le regretté Arnaldo Santana dans un rôle quasi-muet, celui d'Ernie, le bodyguard de Frank (et qui passera au service de Tony après son exécution).

Santana ne se sert quasiment que de son visage pour faire exister son personnage et il était bon !

En effet, on sent qu'il fouette à mort quand Manolo flingue Frank, et plus encore lorsque Tony abat le flic corrompu Mel Bernstein.


Manny lâche alors:


  • -What about Ernie ?

Et là, on voit le pauvre mec qui transpire et a vraiment l'air mal à l'aise...


Même chose lors de l'esclandre dans le resto entre Tony et Elvira.

Son visage exprime une gêne grandissante et à la fin de la séquence, il revient dans la salle, se dandine et semble vouloir s'excuser, mais son expression corporelle est largement assez parlante et n'a aucun besoin de mots.

Arnaldo Santana était donc un très bon acteur, malheureusement, il est mort 4 ans après la sortie de Scarface de..., ben ça n'a pas été rendu public...


N'oublions pas la présence forte - bien que très brève - de Barbra Pereza.k.aMarta, la harpie au regard noir qui sert de garde du corps au trafiquant Colombien amateur de tronçonneuse, Hector.

"-¡Quietó! ¡No te muevaaas, cabróncito!", crache t-elle alors à Tony avant de le mettre en joue avec sa pétoire.


Et pour donner au tout une ambiance particulière, l'OST du film est géniale ! On a les chansons:


  • "Push It to the Limit" par Paul Engemann

Sans oublier bien sûr le score synthétique de Giorgio Moroder, qui sait donner de belles envolées lyriques comme "Gina" ou "Elvira", mais aussi de pur instant de "darkitude" avec "Chainsaw /Tony Rescued" ou "Just Paranoid"...


Scarface est donc en conclusion un excellent film sur l'embrumement du cerveau par la coke, l'avidité du pouvoir et de l'argent, comme le dit si bien Tony himself:


  • "-In this country, you gotta make the money first. Then when you get the money, you get the power. Then when you get the power, then you get the women."

A la fin, Tony, ben il a que dalle, le con !

La femme qu'il a tant convoitée s'est barrée - alors qu'elle était d'une superficialité extrême, c'est dire !! -, sa mère le déteste pour ce qu'il est, sa soeur est morte, morte ! à cause de lui, et de ses propres mains obscurcies par la jalousie incestueuse (et maladive, comme beaucoup de frères machos), il tuera même son seul vrai ami, le plus loyal d'entre tous, son frère de coeur, Manny !


Scarface est aussi le reflet de son époque (1982, date du tournage, où les règlements de comptes entre dealers gangrénaient les rues de Miami, avec la mainmise des Colombiens et de la fameuse grosse truie psychopathe qu'était cette salope de Griselda Blanco, l'envoyée spéciale du Cartel de Medellin dirigé par Pablo Escobar, entre la fin des 70's et la mi-80's...

Donc le film est violent, certes, mais pas plus que ce que l'on pouvait voir aux infos US, avec tous ces cadavres étendus de trafiquants dans la rue, en plein jour...


Le film de De Palma est donc une capsule temporelle, mais aussi historiquement juste (et ce, même si Scarface fonctionne plus sur un mode opératique bigger-than-life que sur un côté documentaliste).


End Titles byGiorgio Moroder:

https://www.youtube.com/watch?v=GABKOPbZ4lM&list=PLzKym8Fj105wOaTLaKjeE3xSMFi1o0EXB&index=27








Créée

le 16 janv. 2026

Modifiée

le 17 janv. 2026

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The-Lizard-King

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