Scarlet et l’éternité
5.7
Scarlet et l’éternité

Long-métrage d'animation de Mamoru Hosoda (2025)

Scarlet et l'éternité est un film qui ondoie.

Tout d'abord visuellement : le ciel et les nuages ondulent comme la mer (quand ils ne sont pas littéralement la mer), la foudre, les flammes et la neige ondoient également. Il en est de même pour les foules, ainsi que pour des corps qui dansent (ou qui volent dans le cas du dragon), ou encore pour des cheveux et des vêtements dans le vent.

Au-delà de l'aspect visuel, Scarlet et l'éternité ondoie au niveau des mondes qu'il nous présente : il ondoie entre la vie et la mort, entre rêve et réalité, et il ondoie à travers les époques.

Ondoyer, ce n'est pas tant alterner les hauts et les bas que se constituer en un mouvement composé des deux. Il en est ainsi avec le film, qui ne fait pas qu'alterner vie et mort, rêve et réalité, ainsi que différentes époques, mais qui entremêle ces mondes les uns aux autres pour constituer un espace hybride dans lequel se déroule la majorité du récit. Mais que produit cet entremêlement ? Si ondoyer c'est se constituer en mouvement, quelle est la nature du mouvement ainsi produit ? Là où dans un film comme Millennium Actress, les époques et les régimes de réalité se mêlent pour produire une fuite en avant, Scarlet et l'éternité semble avoir un mouvement plus incertain, et si je ne suis pas certaine de pouvoir le qualifier précisément, je vais tout de même essayer, ce qui va me demander de spoiler le film : vous voilà donc prévenus.

Le film présente plusieurs plans assez symboliques nous montrant Scarlet avec une onde circulaire qui se déploie autour d'elle sur une surface aqueuse. Ces plans semblent nous dire que l'univers auquel on a affaire se déploie autour d'elle, dans toutes les directions. Cela semble d'ailleurs cohérent avec la fin du film : Scarlet se réveille d'un coma. Une question peut alors se poser (bien que le film ne s'y attarde pas) : ce que l'on a vu est-il réel, ou seulement une forme de rêve vécu dans son coma ? S'il s'agit bien d'un rêve, cela donnerait sens à ces plans, car l'univers naîtrait bien d'elle, pour ondoyer et se développer tout autour. Le mouvement du film serait alors en réalité un mouvement immobile, un mouvement psychique n'étant que le changement d'état d'esprit d'un personnage qui gagne en sagesse, mais qui finalement n'a rien fait (puisqu'allongée dans le coma). Bien sûr, ce mouvement est représenté par un autre mouvement : celui de son rêve, qui est la majorité du film. Un rêve qui est une traque, mais semblant s'effectuer à l'aveugle, ondulant au gré des rencontres et des hasards d'une manière finalement assez éloignée d'un mouvement vers l'avant bien déterminé et tout tracé. Typiquement, nos deux héros décident de se joindre à un groupe de voyageurs, et ainsi se plient à l'itinéraire de ces derniers. De même, ils vont se diriger vers un lieu sans certitude que l'homme qu'ils cherchent est bien ici, et sans réelle certitude du chemin à prendre. On peut également souligner qu'elle ne tue pas son ennemi, celui-ci sera abattu par la foudre dans le "rêve", et en s'empoisonnant lui-même dans la réalité. La motivation qu'elle s'était fixée (se venger) ne sera au final pas la destination de son mouvement. Un mouvement qui n'a finalement d'autre finalité que de sortir du coma, et d'évoluer psychologiquement au passage.


Scarlet et l'éternité est ainsi un film très intéressant, ondoyant tant visuellement que thématiquement, déployant son héroïne dans un mouvement immobile, psychologique, représenté par un mouvement ondoyant au gré des rencontres. Si le film est imparfait (il présente notamment quelques longueurs), il me semble s'agir du meilleur film de son réalisateur (tout du moins dans ceux que j'ai vus), et je suis curieuse de voir ce qui viendra par la suite.



Créée

le 2 nov. 2025

Critique lue 179 fois

Elenna32

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3

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