Damn, quel uppercut. Je crois que s’il me fallait choisir maintenant un maître échelon du film dépressif, ce serait probablement ce School on fire. Rarement une descente aux enfers n’aura été si oppressante, si définitive. C’est avec une violence sourde que Ringo Lam dresse un portrait au vitriole d’une société condamnée à mort par une mafia qui va jusqu’à véroler le système éducatif ; quoi de plus obéissant qu’un jeune peu sur de lui auquel on fait miroiter pouvoir et billets faciles.


Montage au hachoir, rythme frénétique, à aucun moment il n’est possible de reprendre son souffle, Ringo Lam vous invite pour une plongée en apnée sans retour au cœur d’un monde qui n’offre aucune seconde chance à ceux qui ont choisi le mauvais chemin. Chacun de ses personnages a un objectif bien précis, mettre un coup de masse supplémentaire à la charge critique radicale qu’il entreprend. Pour cela, il peut compter sans réserve sur des acteurs impliqués corps et âme dans ce qu’ils véhiculent, placés du bon ou du mauvais côté d’une barrière morale sans cesse changeante qui explose littéralement dans un dernier acte d’une furie totale : flics et professeur craquent troquant leur rationalité pour abattre enfin les armes de la vengeance sur ceux qui les ont poussés au bord du gouffre.


Impossible de sortir de la séance sans un avis tranché. School on fire est pareil à un gros coup de latte pris en pleine nuque alors que tout semblait paisible. Ringo Lam kidnappe le cadre, le malmène pendant une heure et demie jusqu’à le vider de toutes ses possibilités. Ce n’est pas compliqué, il a fait, le temps d’une séance, tout ce qu’il pouvait faire pour malmener sa caméra : course-poursuites folles, bastons à la machette déjantées, évictions de personnages sympathiques sans état d’âme de manière radicale, gymnastique visuelle dans des espaces minuscules, combats psychologiques qui donnent envie de latter l’écran — qui n’a pas eu envie de décoller la mâchoire du petit George ?!—, à chaque fois avec la même fougue : l’image est brute de décoffrage, en pleine emphase avec un sujet noir en diable.


School on fire est un exercice de style brillamment relevé, qui consiste à aller toujours plus loin jusqu’à un point de rupture qu’on pense atteint dès les premières minutes, qui en réalité ne fait qu’attendre patiemment le dernier quart d’heure pour exploser, avec fureur, lors d’un final sans concession qui s’impose férocement dans les souvenirs de quiconque aura pu encaisser autant d’acharnement.

oso
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le 18 janv. 2016

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oso

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