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La force du destin
Ici, les choses les plus terrifiantes se cachent dans un quotidien des plus réaliste. Si le quotidien est gris, les fantômes osent la couleur.
le 29 mai 2025
Sato et son épouse Junko forment un couple atypique. Lui est preneur de son pour des réalisations audiovisuelles, elle est une spirite qui possède le don de voir des fantômes ou sentir des choses liées à un au-delà. Un jour, une petite fille est kidnappée par un individu, mais parvient à lui échapper en pleine nature, justement là où Sato est occupé à capter des sons, le casque vissé sur les oreilles. Il lui faudra une bonne journée pour comprendre, une fois rentré chez lui et grâce aux dons de sa femme, que la petite fille s’est réfugiée dans une malle qui était dans sa voiture. Heureusement, elle respire encore…
À l’origine un téléfilm qui depuis a eu l’honneur de projections essentiellement au gré de festivals, sauf en France où le titre est sorti à une époque où les films de Kurosawa commençaient à être systématiquement diffusés. Précédant Kaïro qui sera considéré comme son chef-d’œuvre fantastique, Séance apparaît moins puissant sans qu’il soit pour autant à dédaigner.
D’abord par son casting, assez étonnant pour un simple téléfilm : Kôji Yakusho, Jun Fubuki, Tsuyoshi Kusanagi, Ittoku Kishibe, Ren Ôsugi, Shô Aikawa : n’en jetez plus ! On a beau se dire que pour la plupart il s’agit d’habitués de la filmographie de Kurosawa, on ne peut pas dire qu’il soit désagréable de retrouver tous ces visages que le familier du cinéma japonais contemporain a eu l’habitude de reconnaître.
Mais surtout, on appréciera une nouvelle fois ce sens de l’épure usant de manière discrète et efficace le thème du spiritisme. Quoique amateur de cinéma fantastique, j’avoue avoir assez peu de références en tête concernant ce thème. Tout au plus l’abominable l’Exorciste II que j’ai revu l’année dernière. Là, Kurosawa nous épargne de lourdingues séances de spiritisme autour d’une table, des expériences scientifiques ou bien des visions grotesques. Junko (et plus tard son mari) voit des fantômes, et l’on peut compter sur Kurosawa pour illustrer ce fait sans s’appesantir, mais avec efficacité. Pas besoin de jump scares, juste de discrets effets sonores (rejoignant ceux de son récent Chime), l’impression d’un temps suspendu à travers une dissonance visuelle (comme d’habitude, on retrouve des éclairages annonçant la présence d’une force surnaturelle).
Bref, si l’on goût ce genre d’approche fantastique, on est assez vite captivé, d’autant que Kurosawa transcende une approche purement fantastique d’une autre, plus conjugale, puisqu’au fantôme qui va bientôt perturber le quotidien du couple va s’ajouter le spectre de vieilles rancoeurs qui ne demandent qu’à éclore.
En ce sens, si la filiation avec Kaïro est évidente, il est intéressant aussi de le mettre en liaison avec cet autre chef-d’œuvre qu’est Tokyo Sonata.
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