A Woman’s Secret semble anticiper ce qui deviendra l’un des meilleurs films d’Alfred Hitchcock et l’un des plus grands films de l’Histoire du cinéma, Vertigo, par la superposition de deux femmes dont la seconde a pour fonction de remplacer l’autre. Il ne s’agit pas ici de chevelure, mais de la voix d’une chanteuse qui soudain se casse, risquant alors de mettre un terme à sa carrière et à sa gloire. Le long métrage prend donc le soin de développer la thématique du double et de la jalousie qui en découle : des jeux de miroir à la composition des plans – lorsque Susan commence à chanter pour la première, accompagnée par Luke au piano, Marian a quitté la pièce avant de revenir au seuil de celle-ci divulguée par un rideau, traduction de son trouble intérieur et du projet secret qu’elle élabore –, Nicholas Ray rend concrète cette rivalité qui mêle fascination et détestation, rivalité et amour sincère.
Néanmoins, le cinéaste fait le choix de court-circuiter son propos psychanalytique en introduisant un couple comique dont la seule fonction est de déclencher le rire : un policier peu charismatique et son épouse au fort caractère qui joue les enquêtrices avec sa loupe et sa poudre à empreintes, « à la Sherlock Holmes ». C’est dire que la tension entre les deux femmes, bien rendue par des flashbacks qui ne sont pas sans rappeler la construction d’un Citizen Kane – Herman J. Mankiewicz est au scénario –, finit par s’amoindrir à mesure que s’installe le duo comique. Dit autrement, la volonté de casser les clichés du flic en féminisant l’enquête et en la tournant quelque peu en dérision affecte la crédibilité de l’intrigue principale, d’autant plus que l’humour s’avère des plus lourdingues. Reste une œuvre audacieuse qui a le mérite de placer sur le devant de la scène des personnages féminins complexes et très bien interprétés.