Secretos del corazón s’ouvre sur une maison vide située en ville qu’il s’agit, par l’imaginaire enfantin, de repeupler en articulant les récits transmis par les autres et sa propre perception des choses ; cette maison se verra redoublée par celle de la mère, situé à la campagne et pourtant elle aussi traversée de fantômes. Ce faisant, il intègre le registre fantastique, diffus, dans sa représentation du monde adulte et des secrets qui le gouvernent, perçus de manière tentaculaire à l’instar de la toile d’araignée prenant au piège les plus fragiles de façon à se repaître de leur énergie vitale pour, en les dévitalisant, maintenir active ce qui s’apparente à une malédiction – celle d’une famille, que le long métrage étend à celle de toutes les familles. Le protagoniste, Javi, engagé dans un récit d’apprentissage, découvre le monde par divers détours, à l’image du refus initial d’emprunter le chemin pavé construit à même la rivière : il faut tendre l’oreille, interpréter les signes, démêler le vrai du faux dans le discours du grand frère sans être encore capable de nommer. Nul hasard si la préparation du spectacle de théâtre revient régulièrement, métaphore des déguisements portés dans la vie quotidienne et des injustices qui mettent en lumière certains au détriment d’autres.
Le motif récurrent est celui de la transgression d’interdits et, par extension, de l’autorité morale qui les énonce ; il constitue à la fois l’élément moteur du passage de l’enfance à l’adolescence mais aussi le principe de composition esthétique d’un film sous le patronage de Georges Bataille, avec le choc de la sexualité tantôt érotisée (les voix) tantôt restituée avec brutalité (les chiens, le plaisir pris à la lapidation collective), un sacré désacralisé par les petits arrangements individuels – quel sens donner, par exemple, à la rapidité avec laquelle un cierge se consume ? Une œuvre sensible et maîtrisée.