Me retrouver seul sur une île déserte avec Rachel McAdams n’est pas franchement l’idée que je me fais de la pire situation qui pourrait m’arriver, de l’incarnation absolue de l’Enfer. Pour tout avouer, ce serait même exactement le contraire.
Oui, parce que — petit avertissement — d’habitude, quand je suis loin d’être insensible au charme d’une comédienne, je parviens quand même à garder une certaine distance… mais avec Rachel, non. Elle a le pass. Elle peut faire tout ce qu’elle veut, je la kiffe tout le temps à fond. J’en suis dingue amoureux.
Ouais, même avec une femme apparaissant d'abord juste maladroite dans les interactions humaines, mais qui se révèle finalement capable de beaucoup plus de cruauté qu’il n’y paraît dans un premier temps, avec un sens de la moralité, disons, souvent assez inexistant, mais ayant les traits physiques de Rachel McAdams, je signe sans hésiter. Et non, durant les vingt premières minutes du film, elle a beau s’habiller comme un sac, se comporter d’une manière sans cesse gênante, avoir des restes de mayonnaise au coin des lèvres, elle est toujours magnifique.
Cette longue déclaration d’amour pour souligner que son personnage peut commettre les actes les plus abominables ; pour ma part, il conserve mon attachement tout du long, quitte à aller, d'une façon malaisante, à l'encontre de mon sens moral. Surtout que, durant les séquences d’avant l’accident inversant la dynamique de pouvoir, la protagoniste est montrée comme environnée des pires connards — aussi bêtes et méchants que médiocres, sans le moindre mérite — qui soient au monde, ne passant jamais à côté d’une occasion de profiter d'elle (car c'est sur elle que tient réellement la très grosse entreprise dans laquelle elle travaille !) et de l’humilier, pour que la suite n’en soit que plus jouissive.
On comprend sa soif de revanche. On comprend que, dans un monde complètement opposé (et pourtant, paradoxalement, si proche en même temps !) à l’environnement professionnel froidement capitaliste dans lequel les apparences institutionnelles et les coups bas règnent, elle trouve son bonheur à être enfin pleinement elle-même, sans retenue. Et comme celui qui lui est opposé est une petite enflure de compétition (Dylan O’Brien est particulièrement détestable, donc excellent dans le rôle d’un punching-ball ambulant !)… oui, celui qui connaît l’Enfer avec ce qui, pour moi, serait le Paradis, j’ai trouvé une sorte de plaisir sadique à le voir subir, par l’intermédiaire du personnage féminin, les choses les plus atroces.
Je soupçonne Sam Raimi, le maître d’œuvre de cette comédie d'horreur, d’avoir choisi la sublime Canadienne en tant que rôle principal pour le capital sympathie naturel qui se dégage d’elle, pour sa douceur physique, afin de créer un troublant contraste avec les actes du personnage (dont un qui se distingue vraiment des autres, poussant même à avoir de l'empathie pour l'antagoniste !), et aussi, évidemment, pour son immense talent d’actrice, à l’aise dans tous les types de rôles et dans tous les registres.
Sam Raimi qui, hors des contraintes aseptisées des superproductions, laisse pleinement le sale gosse qu’il est s’exprimer (le Sam Raimi que je préfère de très loin : celui des Evil Dead et de Drag Me to Hell !), en offrant un beau lot de séquences graphiques avec des détails bien grotesques. Je ne pensais pas qu’un crash aérien ou une scène de vomi pouvaient me faire autant rire.
Alors, oui, j’entends certains me dire que le film rappelle pas mal une certaine purge palmée. Alors déjà, il n’y a pas plagiat, puisque le scénario de Send Help avait déjà été écrit lors de la sortie de l’autre merde. Ensuite, autant cette dernière pue la prétention d’un mec qui se croit bien plus talentueux et aussi de la mêlée qu’il ne l’est réellement, autant le Raimi révèle la personnalité d’un artiste qui veut sincèrement offrir un divertissement efficace et fun aux spectateurs.
Et pour le rebondissement en commun autour du fait que l’île déserte n’est pas aussi déserte et si éloignée de toute civilisation que cela, il est nettement mieux amené dans notre divertissement efficace et fun (le personnage masculin a une bonne raison de ne pas explorer l’endroit par lui-même, puisqu’il a une jambe gravement blessée ; la protagoniste a de bonnes raisons de le lui cacher pour maintenir sa domination !). Tandis que, dans l’autre étron, il n’est pas difficile de se douter immédiatement que si les personnages restent comme des cons sur la plage sur laquelle ils ont échoué, au lieu d’aller inspecter l’entièreté des lieux, c’est pour nous balancer le rebondissement susmentionné à la toute fin.
Bon, sinon, il vaut mieux fermer les yeux sur de nombreuses invraisemblances, et aussi sur une utilisation un peu trop fréquente d’un CGI d’une qualité très médiocre, donnant un aspect trop artificiel au rendu visuel global (c’est dommage pour un réalisateur qui faisait auparavant beaucoup honneur au practical !), et prendre son pied devant cette œuvre qui, en plus d'être une satire sociale assez percutante l'air de rien, offre de beaux moments horriblement savoureux, le tout portée par une ultra-charismatique Rachel McAdams, comme d’habitude fantastique ♥♥♥♥♥.