Alors que les franchises avaient envahi les salles obscures au point d’aller débaucher des cinéastes de talent, peut-être est-on entré dans la période de l’après : Chloé Zhao propose Hamnet, et Sam Raimi, après s’être laissé brider par le cahier des charges d’Oz et du MCU, revient à ses premières amours par la petite porte.
Send Help n’a pas d’immenses ambitions, et c’est précisément ce qui le rend si aimable. On n’aurait pas été surpris de le voir en DTV, dans ce marché un peu bis aujourd’hui phagocyté par les plateformes et le déversement insipide de de leur « contenus », et il est tout à fait réjouissant de le voir sortir en salle, qui plus est sous le logo de la Fox, à la manière d’un retour à des temps plus apaisés de la production cinématographique. (Il me semble d’ailleurs que l’animation Fox avant le début du film était une ancienne version, d’avant la CGI, sans que je comprenne vraiment pourquoi).
Send Help ne brille pas par son originalité, tissant tous les fils d’un duo dominant/dominée sur le monde du travail qui va se voir inversé dans le cadre d’un naufrage sur une île déserte. La caricature est assumée, permettant de faire passer la trop rare Rachel McAdams de laideron de bureau à warrior exotique épanouie comme le sont les créatures des spots pour gel douche. La comédienne, en pleine forme, se fait visiblement plaisir dans un rôle où le survivalisme le dispute à l’atomisation du patriarcat, et c’est là la saveur principale d’un récit qui mêle volontiers le burlesque, l’aventure et le jeu de massacre. D’une ambition visuelle relativement limitée (le crash en CGI, les décors sur font vert sont loin de convaincre), le film déploie sa verve dans le corps à corps, les effets à l’ancienne et le gore maison. C’est là que Raimi renoue avec son cinéma originel, où le fun dicte la trivialité des cadrages (une narine déformée reniflant de la mayonnaise au thon), le jeu traditionnel de ses caméras subjective (ici, un sanglier), et des gerbes de fluides colorés à faire fuir les âmes sensibles et les émétophobes. Le récit revisite ainsi la toxicité de Misery, le couple en autodestruction de La Guerre des Rose, le tout dans un décor paradisiaque qui rappelle l’inversion Maitre/esclave qu’avait mis en scène Ostlund dans Sans Filtre. La comparaison avec le parpaing du double palmé est d’ailleurs assez fertile pour comprendre la réussite du film de Raimi, qui, bien qu’accusant de menues longueurs, ne s’embourbe pas dans des démonstrations superflues. Pour célébrer avec cynisme la victoire du capitalisme, rien de tel qu’une lutte à mort, qui reviendrait aux élans primitifs : à coups de baies empoisonnées, de sable, de lame ou de club de golf, au fil d’une chronologie déviante de la civilisation jusqu’à son apogée solaire et gorgé de dollars.
(6.5/10)