J'ai vu Seven bien trop tôt, quand j'avais 14 ans. Trop jeune, trop con, trop influençable et avec une culture ciné encore balbutiante, je l'ai mal jugé et n'ai pas su reconnaitre le chef-d'œuvre que je redécouvre aujourd'hui.
Le visionner avec des yeux d'adulte, c'est d'abord en apprécier la plastique affolante : son atmosphère crépusculaire, épaisse et poisseuse, avec des ambiances moites et insalubres à couper au couteau. En extérieur, la pluie battante fait scintiller les trottoirs de Los Angeles, en intérieur, on alterne entre éclairages contrastés et obscurité opaque, que seuls peuvent percer les faisceaux des lampes torches dans l'air humide des scènes de crimes.
Et quelles scènes de crime ! Elles restent à ce jour parmi les stupéfiantes qu'il m'ait été donné de voir dans le genre, et ont tellement inspiré des années de thriller que je réalise enfin l'héritage de l'œuvre et à quel point elle constitue un classique fondateur. En revanche, si vous le découvrez aujourd'hui pour la première fois, il ne sera certainement pas l'électrochoc qu'il fut en 1995, tant il a été copié depuis.
Cette revisite est aussi l'occasion d'apprécier le travail d'orfèvre de Fincher, un réalisateur minutieux qui ne laisse aucun plan au hasard, millimètre ses cadrages pour les charger d'un maximum de sens et renforcer ce que le script ne dit qu'à demi-mots. On y retrouve cette minutie presque obsessionnelle qu'il confirmera plus tard avec Fight Club et Zodiac. Plus prosaïquement : la réalisation est parfaite.
Le casting aussi. Brad Pitt et Morgan Freeman en duo de buddy movie fonctionnent à 100%. Leur alchimie porte le film du début à la fin, et la dynamique a beau être un classique de beaucoup de comédies d'action, elle se transpose très bien au thriller et j'ai pris grand plaisir à voir les deux s'apprivoiser et apprendre à se respecter mutuellement.
Enfin, le script n'est pas en reste : il nous mène en bateau avec le même génie que le tueur balade ses enquêteurs d'une scène de crime à l'autre, et d'une scène mémorable à l'autre : la séquence musicale de la bibliothèque, première apparition de Kévin Spacey, le face à voir dans la voiture et j'en passe.
... jusqu'à une fin désormais culte qu'il serait criminel de vous gâcher si vous avez réussi à ne jamais y être exposé. En outre, le film n'hésite pas à bien préparer son dénouement, ce qui le rend très agréable à revoir, pour guetter tous les indices qu'on nous avait donné.