Troisième film de John Cassavetes que je vois (après "Opening night" et "Meurtre d'un bookmaker chinois") et une nouvelle fois, j'ai beaucoup aimé.

Celui-là est son premier. Mazel tov! On sent évidemment cette grande liberté, propre à ce cinéaste, bien au delà du procédé d'improvisation en vigueur pour la direction d'acteurs sur ce film. Cette liberté se lit aussi dans la manière de filmer, la variété des plans, des cadrages. Tout cela donne le sentiment d'urgence, certes de l'impro, mais surtout de l'espèce d'avidité à capter l'image sur le vif, et ce qui se cache derrière les visages, les regards disent bien souvent plus longs que les mots, dans ce film plus qu'ailleurs.

Les attitudes aussi. Les acteurs sont formidables. Et la caméra d'essayer de suivre leur rythme, leurs expressions.

L'influence de la nouvelle vague française est criante. La France d'après guerre est omniprésente : Bardot, Picasso, l'existentialisme et Sartre, la France terre d'accueil pour les jazzmen, etc. Cassavetes se tourne encore vers le vieux continent. Ses autres films (du moins ceux que j'ai vus) m'ont l'air plus américains. On sent le jeune artiste encore imbibé de ses influences adolescentes, enthousiastes. Charmant.

Le propos anti-raciste est asséné avec une grande subtilité. J'ai un peu plus de mal à comprendre néanmoins ce que la bagarre finale vient dans le tableau. Était-ce nécessaire? C'est censé dire quoi qui n'avait pas été dit au juste? On avait déjà bien compris que cette bande de jeunes adultes était aussi soudée qu'assoiffée de liberté, dérivante au gré des événements, des rencontres, qu'ils n'avaient qu'à jouir de la vie, de leur jeunesse triomphante.

Le film en forme de tranches de vie offre une jolie perspective sur cette exubérance et ces troubles d'angoisse qui forment des parenthèses constructives. Il manque peut-être une meilleure maîtrise de la lumière, mais sinon c'est un premier film réussi, par son originalité, sa vitalité, son audace.
Alligator
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le 16 mai 2014

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