Comme le temps a passé depuis que Jason faisait des pirouettes dans le premier film de Guy Richie, Arnaques, crimes et botanique (1998). Il est devenu une star et sa barbe grisonne. Mais comment faire passer le tournant de la soixantaine à notre héro, alors qu'il n'a plus l'âge, en tout cas à l'écran, de séduire des mannequins en mini robe ?


Certes Shelter est un film où Jason joue Statham et vice-versa. Mais Humphrey ne disait-il pas : "Quand même, les films de Bogart, c'est moi qui les joue le mieux." ? Et puis, sincèrement, il joue et pas mal, car devant sa partenaire de quinze ans tout en talent, il fallait qu'il fasse un effort autre que serrer les mâchoires.


Cependant ce film se démarque du pire de sa production antérieure, par exemple de l’inénarrable A working man (2025) que j'ai assassiné dans ces colonnes.


D'abord il est délicieusement britannique. Depuis que les ayant droit ont fait l'énorme Connery de faire mourir James Bond, le MI6 me manquait. Et puis il y a la campagne écossaise, toute en couleurs d'hiver et en humidité frileuse. Il y a Bodhi Rae Breathnach, une excellente jeune actrice avec un patronyme gaélique et les taches de rousseur qui vont avec. Il y a des seconds rôles charismatiques, tel Bill Nighy, dans le rôle de l'éminence grise, Naomie Ackie, en manageuse non toxique, et Brian Vigier (un cascadeur français qui a de l'avenir dans l'acting) en tueur service-service.


Techniquement il y a de belles images. Aaaah ! Les visages à travers les vitres de la voiture, voilés par les reflets des branches dans le soleil à la campagne ou par ceux des néons en ville. J'adore. Bon le numérique aide probablement. Mais bravo au chef op. Et merci au réal qui l'a autorisé à occuper le temps avec des images de cinéma plutôt que de jouer la montre avec des discussions fastidieuses entre deux scènes de baston.


A ce sujet, les dialogues sont bien conçus, c'est à dire dans la retenue et l'efficacité. Alors que j'ai imaginé que Michael Mason (Jason) serait le véritable père de Jessie l'orpheline (Bodhi Rae), à aucun moment, sauf erreur de ma part, nous n'en avons la confirmation ou le démenti. C'est à dire que nous n'avons pas la scène tant attendue, dite "de paiement" pour les scénaristes, où, Michael qui, après la mort de la mère, aurait confié Jessie à son beau-frère, avouerait : "Je suis ton père". Nous voyons donc se nouer une relation de parentalité adoptive, au bénéfice des deux protagonistes, qui n'exclue pas, en fait, que Michaël garde le secret de sa parentalité biologique. C'est assez malin car cela évite d'avoir à gérer le débriefing de cette révélation qui aurait été hors sujet dans un film d'action.

Peut-être auront nous le fin mot dans une suite car je n'ai pas compris pourquoi on veut enlever ou tuer Jessie, est-ce seulement car elle en a trop vu ?


Certes il y a les influences. Les 007 bien sûr car Jason joue un ancien "licenced to kill" du MI6. Pour se différencier, il ne porte pas de smoking et dort tout habillé. Les John Wick probablement, pour le scène de la boîte de nuit avec ses tueurs en costumes. Logan (2017) pour l'éveil de la parentalité. Mais c'est assez finement retenu. Alors je m'en félicite.


L'univers insulaire de la première partie est très joliment conçu, même si le numérique y est probablement largement convoqué. Et les auteurs gèrent brillamment l'évolution rapide des relations entre Michael et Jessie, de la méfiance à la confiance. Cependant, dès que l'on a basculé dans l'action, j'ai levé le sourcil devant quelques choix qui nuisent à la crédibilité. Je vais faire l'économie de les citer pour ne pas vous gâcher le plaisir. Comme le but était simplement que Jessie reste sur l'île on aurait pu gérer cela plus réalistement. Ensuite cela passe mieux.


Alors que les scènes de combat multiplient les plans toujours lisibles, le réalisateur sait aussi faire preuve d'économie, voir d'une certaine pudeur qui ne nuit pas à l'efficacité. Ainsi dans l'avant dernière scène, l’éminence grise se remplit un verre de whisky et la caméra ne souligne pas ce détail. Il jette un regard par la fenêtre et découvre une scène signifiante, mais réagit sobrement. Puis il se confronte à un antagoniste et ce qui lui arrive sera hors-champ. Tout le contraire d'un climax racoleur.


Mais à qui est destiné ce film ? Ironiquement, je dirais aux séniors qui s'identifient et voudraient être des supermen. Et qui aimeraient avoir un gros retour d'affection de leur fifille qui préfère son copain (ou sa copine) et son téléphone. Je sais pas si je vais proposer cette visio à ma fille, je vais me prendre un râteau.

Comme je suis exactement dans le créneau, je vais aller faire des pompes.

Le-Male-Voyant
6
Écrit par

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le 23 mars 2026

Critique lue 37 fois

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