Décidément, Ric Roman Waugh est partout ces dernières semaines. Après les Greenland (dont le dernier, il faut bien le dire, touchait le fond) son nouveau film repose entièrement sur Jason Statham, devenu (comme nous le savons tous) une figure mythologique du cinéma d’action contemporain. Il incarne ici un ancien combattant retiré sur une île avec un chien et une adolescente qu’il devra bientôt protéger. À ce point de départ familier s’ajoute une réflexion sur ce qu’il reste d’un corps façonné par la violence lorsque la guerre s’interrompt. Le récit avance alors par situations à résoudre, comme autant d’obstacles imposés à la survie.
D’abord, la mise en scène épouse ce retrait. L’île devient un territoire clos, une frontière à tenir, synonyme d’une intériorité dont on n’aura jamais pleinement les accès. Lorsqu’il la quitte, ses logiques de survie contaminent chaque lieu traversé. La violence reste lisible, physique, pesante : les coups s’abattent, les corps s’usent. Cette sécheresse correspond parfaitement à Statham, acteur de la douleur et de l’effort plus que de l’héroïsme triomphant. La relation avec l’adolescente introduit une tension plus trouble. La protection qu’il lui offre frôle parfois l’enfermement. En face, Bill Nighy incarne une menace distante, un pouvoir froid qui agit sans se montrer. Le conflit oppose alors un corps fatigué à une machine incarnée qui n’éprouve rien.
Peu à peu, Shelter révèle sa vraie nature. Ce n’est pas tant l’histoire d’un héros triomphant que celle d’un homme qui voudrait disparaître mais que la violence continue de réclamer. Malgré tout, le film reste un divertissement inscrit dans une trame connue et convenue, utilisant une grammaire de cinéma assez minimale. Il a toutefois le mérite d’assumer ses ambitions, et c’est déjà beaucoup.