Ce passionnant documentaire était passé sur Arte à l'époque. Il faisait la lumière sur l'éternel problème de sur-fréquentation au pied du mont Everest (sur le versant tibétain ils sont désormais plus d'un millier au camps de base avancé et légèrement moins sur le versant népalais, mais tout de même) et des conséquences que cela entrainait et particulièrement l'utilisation, toujours plus abusive, des sherpas, cette ethnie tibétaine polyglobulique portant littéralement ces pauvres chameaux de touristes sur leurs épaules. On a régulièrement l'habitude de dire que pour un troufion au sommet, son sherpa y a été trois fois. En effet, alors que les expéditions gagnent l'ABC (Advanced Base Camp) depuis leur camp de base respectif (versant tibétain seulement, il n'y en pas sur le népalais sauf exception) et initient leur acclimatation à coup de montées aux différents camps d'altitude, les sherpas sont eux déjà à l’œuvre sur les versants du géant à installer lesdits camps d'altitude, à désinstaller les plus vieilles cordes fixes et à en installer de nouvelles, à s'assurer du passage du second ressaut si fatal, à déposer des bouteilles d'oxygène au checkpoint de Mushroom Rock ou encore (sur le versant népalais) à équiper d'échelles, de pitons à glaces et d'autres cordes fixes la capricieuse cascade de glace du Khumbu faite de crevasses et de séracs. Si bien qu'au final le chameau n'a plus qu'à suivre le sentier balisé.

Le seul point positif dans l'affaire est qu'en risquant leur vie pour rassasier l'égo des pauvres occidentaux qui s'agglutinent par millier chaque année aux mois d'Avril et de Mai autour de la montagne, les sherpas peuvent vivre toute une année et envoyer leurs enfants étudier à Lhassa au Tibet ou Katmandou au Népal. Énorme point négatif : ils sont de plus en plus, année après année, à prêter main forte aux expéditions et à y laisser la vie. Ce problème majeur touche pour l'instant essentiellement l'Everest, mais déjà le problème commence à se faire ressentir sur les autres 14/8000m les plus fréquentés comme le Makalu ou l'Annapurna. Si la communauté alpine et les autorités chinoises (tibétaines huuumm) et népalaises ne font rien (tout ça brasse énormément d'argent, un expé sur l'Everest coûte aux alentours de 30 000 balles), les tragédies seront de plus en plus fréquentes et importantes. Le bon vieux temps du style alpin dans l'Himalaya n'est pas mort pour autant et quelques cordées aguerries poussent toujours plus loin les limites de l'alpinisme et de l'escalade et notamment sur le mont Everest qui recèle de voies d'ascension plus verticales, plus glacées, plus dangereuses et en cela plus belles que les deux voies commerciales.

Newton s'est juché sur les épaules des géants. Hillary lui-même le concède, Tenzing était au moins aussi fort que lui ce 29 Mai 1953. J'en profite pour rendre hommage à certains sherpas comme Babu, Abu, Pemba, Dorjie et un certain Apa, vingt-et-une fois vainqueur du sommet et détenteur du record ascension, ainsi qu'à tous les autres, aide de camps comme cuisiniers qui portent au sens littéral du terme les occidentaux sur leur dos.

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le 7 sept. 2014

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blig

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