Avec Shining, Stanley Kubrick livre un huis clos anxiogène dans un hôtel coupé du monde, où la folie guette à chaque détour de couloir.
Ce qui frappe d’abord, c’est la mise en valeur presque obsessionnelle des décors : les moquettes géométriques, les couloirs interminables, l’immensité glaçante de l’hôtel Overlook composent un théâtre étrange, à la fois fascinant et étouffant. Ce décor devient un personnage à part entière, renforçant l’autarcie du lieu. Côté interprétation, Jack Nicholson est littéralement habité par son rôle de Jack Torrance, même si certaines de ses mimiques excessives évoquent par moments Jim Carrey dans ses pires débordements. Shelley Duvall, Danny Lloyd et Scatman Crothers tiennent la route, bien que le personnage de Wendy devienne peu à peu une simple potiche.
Le film s’illustre davantage comme un thriller psychologique que comme une œuvre d’épouvante : la tension y est savamment distillée, la montée en folie de Jack bien orchestrée, avec un rythme qui m’a parfois rappelé celui de Psycho. Pourtant, cette montée est un peu précipitée. L’alcoolisme de Jack, son instabilité ou même les tensions conjugales sont à peine esquissés. Quant aux clés de lecture, elles semblent posées sans logique unifiée : squelettes furtifs, ascenseur sanglant, apparitions absurdes… Le film hésite entre fantastique et délire mental sans jamais trancher.
Malgré ces flottements et quelques longueurs, Shining reste une expérience singulière que je conseille volontiers, surtout pour son ambiance dérangeante. Ce n’est pas la peur qui persiste, mais l’inconfort latent, presque clinique.