Fev 2010:

Un bon film de Wakamatsu : critique féroce de la société japonaise, constat politique amer de la cruelle confrontation des générations. L'émergence d'un nouveau Japon, en contradiction avec la société traditionnelle ancrée sur des valeurs que la jeunesse rejette, est le point d'ancrage sur lequel le cinéaste s'appuie pour universaliser son propos, car les conflits générationnels à la fin des années 60 ne sont pas l'apanage du Japon bien entendu. Quoiqu'il en soit, en nous faisant suivre les pas de ce père en quête de deuil après le meurtre de son fils, il analyse le fossé creusé entre un Japon traditionnel et un autre qui s'ouvre de plus en plus à la culture occidentale, mêlant l'américaine, libre-échangiste et l'européenne révolutionnaire. Mais sans pour autant enfoncer des portes ouvertes son film établit l'évolution de ses personnages sur un constat universel comme éternel : les jeunes finissent par tuer leur père et cela ne se fait pas toujours de douce façon.

Heureusement, ce qui captive et porte tout l'intérêt du film, se trouve davantage dans la structure du récit, le parcours de ce père de plus en plus désillusionné et anéanti par l'évolution de la société urbaine et de sa jeunesse "dépravée".

Avec Wakamatsu, le discours politique n'est jamais très éloigné de la sexualité, ce qui en soi me semble parfaitement cohérent. Mais sur ce film, à part la toute première séquence, en couleur -Wakamatsu s'accorde toujours une ou deux séquences en couleurs dans ses flims en noir & blanc- et la présence d'une fille nue et enchainée lors de la confrontation entre le père et la gang responsable de la mort de son gamin, ce film disais-je avant de digresser éhontément, n'est pas vraiment "érotique" mais bien un polar noir, pessimiste, d'une mélancolie désenchantée.

Ici le rôle de l'acteur qui joue le père -damnation, je ne retrouve pas son nom- est primordial. Cet acteur est remarquable, donne une intensité époustouflante même. Au regard des prestations banales des jeunes -pour deux ou trois c'est même franchement merdique- il passe pour un grand monsieur. On ne peut lui enlever qu'il est habité par son personnage. Je retiendrai donc surtout sa performance, celle de Masao Adachi, le scénariste habituel de Wakamatsu dont l'écriture se révèle aussi sèche et froide que l'exigeait le sujet et pour finir cette réalisation toujours aussi bonne, originale, incorporant ces plans urbains, disséquant la froideur du béton et la mort de l'humanité comme peu savent le faire, dessinant une esthétique qui n'appartient qu'à lui.
Alligator
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le 1 avr. 2013

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