7
988 critiques
Critique de Sholay par Lyson67
Après le chili, le spaghetti, voici le western curry. Film culte s'il en est, de Bollywood, Sholay obéit aux lois du genre. Digne d'intérêt
le 22 janv. 2017
Pour être tout à fait honnête, je m'attendais à un film un peu foireux : le cas Italien excepté, la greffe du western sur une cinématographie étrangère n'a presque jamais eu autre chose que la gueule d'un dispositif distant, d'un "geste" très théorique. Le Far West en chantant, j'y croyais donc très moyennement…
Or force est de constater ici que le mariage fonctionne. L'Inde rurale contemporaine et sa pauvreté offrent déjà un trait d'union vers le village de pionniers du XIXème, mais l'idée forte du film a surtout été de remplacer la figure du cow-boy par celle du bandit, et ainsi de se débarrasser de l'icône la plus imposante du genre (et avec elle, de ses thématiques phares et potentiellement parasites).
La réussite de ce métissage est néanmoins le résultat d'une influence plus imposante encore : celle de Leone. Et ce jusqu'à parfois virer au remake pur et simple (le son du train substitué au meurtre de l'enfant, directement repiqué à l'une des scènes les plus célèbres d'<em>Il était une fois dans l'Ouest</em>). Mais globalement, malgré le nombre de situations voisines, ce que Sippy repique à Leone c'est surtout un style : le plan fier, le silence architecturé, la tension, qu'il a compris et digérés, et qu'il redistribue à travers des personnages qui vont pouvoir incarner ces rapports – la jeune fille muette et celle qui parle constamment, l'homme extravaguant qui chante et son ami détaché. Sur un canevas adapté des <em>Sept samouraïs</em> (film-modèle qui aura décidément circulé par tous les pays...), <em>Sholay</em> recompose un univers ancré dans l'Inde et ses rituels, sa fête de la couleur, ses filles à marier, son exaltation de la danse (danse que Sippy prend justement toujours soin d'intégrer de façon autoritaire au scénario : relâchement après la peur, tension crescendo avant l'explosion, torture féroce...).
Le style hérité de Leone semble à chaque moment menacer d'exister pour lui-même, de bouffer le film, mais Sippy ne fait pas n'importe quoi de cette histoire. Par exemple, dans une scène là encore très inspirée de Leone (l'harmonica...), une jeune femme est forcée de danser jusqu'à l'épuisement pour les bandits, l'homme qu'elle aime étant tenu en joue, prêt à être tué si elle cesse une seconde ses mouvements. On voit alors venir une scène limite, où sous le prétexte du tragique, le film viendrait confortablement épouser le regard sadique des tortionnaires, se délectant avec nous de la danse sensuelle : mais Sippy retourne le postulat, et la danse devient une déclaration d'amour à l'amant attaché. C'est ce genre de petites choses qui rappelle régulièrement que ce réal tient aux personnages qu'il met en scène (tous très hauts en couleur). C'est aussi l'affaire d'une capacité à narrer qui dépasse largement l'influence de Leone : le père qui se rend compte que sa fille est amoureuse par une simple descente d'escalier, l'homme qui joue en direct à l'harmonica la musique de la scène romantique que vit son ami...
De l'ensemble, au-delà d'une forme parfois brouillonne ou maladroite (notamment le montage haché), et de quelques relâchements (l'épilogue, insatisfaisant et bâclé), je ne tique comme souvent dans le cinéma mainstream indien que sur l'humour, très rarement à la hauteur dans les scènes lui étant entièrement dédiées (le directeur de prison bouffon, les bruitages et accélérés), grosse tâche feignasse sur un film qui tente pourtant par toutes ses pores de hisser son ambition au plus haut. On peut également regretter que l'influence Leone aussi imposante empêche parfois de voir se dessiner un style propre à Sippy, mais la simple rencontre avec le cinéma indien permet en soi des choses riches : le film ose beaucoup, va très loin, parfois à la limite du ridicule (le final qui, conditions obligent, semble presque intégrer le kung-fu), ce qui est aussi souvent l'occasion de résultats intrigants (ce final qui, conditions obligent, donne au combattant l'allure d'un fantôme).
Bref, sans hurler au chef-d’œuvre, c'est en tout cas agréable de constater que les grosses légendes du cinéma indien seventies (pas sa période la plus ragoûtante, à première vue) tiennent correctement leur réputation.
(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://forum.plan-sequence.com/sholay-ramesh-sippy-1975-t15333.html#p513616">source</a>)
Créée
il y a 1 jour
Écrit par
7
988 critiques
Après le chili, le spaghetti, voici le western curry. Film culte s'il en est, de Bollywood, Sholay obéit aux lois du genre. Digne d'intérêt
le 22 janv. 2017
7
824 critiques
Pour être tout à fait honnête, je m'attendais à un film un peu foireux : le cas Italien excepté, la greffe du western sur une cinématographie étrangère n'a presque jamais eu autre chose que la gueule...
il y a 1 jour
6
47 critiques
Les films indiens sont long, je ne vous apprends rien. Et mélangent bien souvent des genres que l'on pourrait croire hétérogène. Dans Sholay, il y a tout, ABSOLUMENT TOUT. De l'amour, du drame, du...
le 25 mai 2014
6
824 critiques
<i>Zootopie</i> est un film sympathique, pris dans une contradiction entre sa parabole anti-raciste (ne pas se fier aux clichés inhérents à chaque espèce) et l’anthropomorphisme qui fait...
il y a 1 jour
4
824 critiques
Projet plutôt intriguant, <em>Zombillénium</em> est finalement peu convaincant. Son récit ressemble à une note d’intention (il faut voir comment chaque personnage est caractérisé et...
il y a 1 jour
3
824 critiques
Un énième avatar de ces sous-sous-sous-<em>Guy-Ritchie-movies</em> qui pullulent, avec toujours le même programme : fric à foison, drogue et carrés VIP, brutes et pratiques mafieuses,...
il y a 1 jour
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème