Présenté actuellement dans la compétition Sang Neuf du festival du film Policier, déplacé exceptionnellement en cette année particulière de Beaune à Reims sous un format hybride en présentiel et en digital, Shorta – un mot arabe qui signifie « Police » - est un premier long métrage danois réalisé à quatre mains par Frederik Louis Hviid et Anders Ølholm.


Il s’agit pour Jens HØyer et Mike Andersen, deux policiers en patrouille dans la cité de Svalegården, au Sud du Danemark, d’échapper vivant à une chasse à l’homme. C’est une bavure policière – quoi d’autre me direz-vous – qui met en feu aux poudres et embrase le quartier.
La thématique de la bavure des forces de l’ordre est en plein boom ces dernières années au cinéma, Shorta prouve que celle-ci ne se confine pas aux Etats-Unis et à la France, mais a bel et bien une portée universelle.


Comparer toutefois Shorta aux Misérables de Ladj Ly serait faire bien peu honneur à ce qui est, pour moi, l’un des meilleurs films 2019. La comparaison entre les deux films se résume à une patrouille de flics pris en difficulté dans une Cité.


Le scénario n’est en effet pas le fort de ce film. J’ai eu du mal à croire, notamment dans toute sa première moitié, à ces deux policiers qui se retrouvent coincés à l'intérieur du ghetto.
Bon, d’abord, pourquoi être allé dans le quartier chaud, dans la gueule du loup si l'on peut dire, alors que l’ordre avait expressément été donné aux patrouilles d’éviter ce secteur, au bord du soulèvement populaire. La justification qui est donnée – le repérage d’une Mercedes grise (donc par essence suspecte) – me semble bien mince. Il fallait un prétexte.


Une fois pris au piège dans la Cité, j’ai également eu du mal à croire que rien – ni la police ni les moyens de l’armée – ne puisse venir en aide aux deux agents en difficulté. Tout comme le fait que s’encombrer d’un jeune menotté (pour avoir lancé un milkshake sur la voiture des policiers) est difficilement crédible quand on voit les difficultés auxquelles le duo d'agents fait face. Passons, il faut accepter les partis pris scénaristiques pour profiter de l'action qu'offre le film.


Dès les premières scènes dans le commissariat, on sent que la psychologie des deux personnages principaux – joués par Jakob Ulrik Lohmann et Simon Sears – a été écrite à la truelle. On est face à la bonne vieille antinomie Good Cop / Bad Cop, et cette caractérisation des personnages ne prend pas de gants.


En revanche, la grande qualité de Shorta réside dans sa gestion de l’intensité dramatique et du rythme des séquences. La mise en scène, bien qu’assez fade – il y a plus de mordant dans la mise-en-scène du huis clos nocturne The Guilty, vraie pépite danoise réalisée par Gustav Möller et sortie en 2018, que dans Shorta – ainsi que des choix musicaux judicieux font naître progressivement une tension, qui va croissante jusqu’à la fin du film.


La seconde partie amorce un véritable tournant et lorgne avec insistance du côté du film de Guerre. Shorta prend alors une nouvelle dimension très intéressante.


Vous l’aurez compris, Shorta n’est pas un grand film. C’est un divertissant polar chaussé de gros sabots, qui souffre d’indéniables problèmes de scénarios mais qui, si on ne cherche pas la petite bête, peut apparaître comme un bon défouloir pour un samedi soir.

D-Styx
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le 27 mai 2021

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D. Styx

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