/!\ Analyse avec spoilers
Cette analyse est le résultat d'un premier visionnage de cette œuvre, c'est donc une découverte du début à la fin.
Je pense que chaque humain a un côté complotiste beaucoup trop ancré pour prétendre avoir deviné la fin de ce film.
Il y a beaucoup de "on dit" sur les études de psychiatrie, surtout à ses débuts où les traitements pouvaient être inhumains. L'un des psychiatres dans l'hôpital est allemand et cela n'aurait pas tellement d'importance si nous étions pas dans un contexte d'après guerre. Nos préjugés nous rattrapes très vite et ces derniers avaient déjà décidés de l'issue du film sans même essayer d'analyser les différents éléments mis à notre disposition. À savoir la conclusion attive : que cet hôpital faisait des expériences cliniques sur ses patients. Je pense que ça montre bien le pouvoir des idées préconçues qui laissent peu de place à la recherche de la vérité par la suite.
Pourtant je suis certaine qu'en re-voyant le film je trouverais des indices de cette fin tous le long du film : et c'est ce qui est l'essence d'un bon thriller à mon sens. Avec une enquête bien ficelée et bien amenée, on peut se dire "ah j'aurais pu deviner si j'avais regardé au bon endroit" tout en appréciant la surprise de la chute au premier visionnage parce qu'on a pas pu deviné, trop pris par le scénario et la qualité de l'oeuvre.
Le jeu d'acteur est dingue. Et la distribution aide pas mal avec un Leonardo DiCaprio et un Mark Ruffalo qui forme ce qui semble ici le duo parfait. Un personnage qui semble perturbé dès le début du film avec des nausées sur le bateau et un autre plus calme qui est là pour servir de soutien dans ce duo formé au dernier moment d'après la réalité de Teddy. Là encore cela peut suggérer l'idée qu'il y a un malade et un soignant.
À leur arrivée sur l'île ils croisent une femme qui a une trace de gorge tranchée et signe un "chut" sur sa bouche. Elle m'a perturbée car j'ai cherché à comprendre son signe. Finalement j'analyserai le geste de cette femme par un "Je sais qui tu es mais je ne dirais rien", un geste un peu enfantin fait par une femme malade psychiquement. Pendant le film j'ai essayé de résoudre l'enquête de la disparition de Rachel mais ce n'était pas la bonne enquête, donc je ne pouvais pas trouver d'éléments dans ce sens où analyser les comportements des uns et des autres avec la bonne grille de lecture.
Pour le personnage secondaire qui m'a le plus marqué je nommerai : la patiente aux cheveux courts / noirs qui se fait interroger au début par Chuck et Teddy et écrit "RUN". Je pense que la scène fait partie de la réalité et qu'elle a été arrêtée suite à des violences conjugales répétés où c'était elle ou lui (son mari). C'est la première a insinuer que Chuck n'est pas un allié en disant à Teddy de fuir dès que Chuck a le dos tourné. Je pense qu'elle a conscience de la dimension de l'exercice que réalise Andrew et des conséquences s'il ne réussi pas. Ayant peu d'espoir dans sa réussite : elle lui dit de fuir.
L'autre option est qu'elle ait appris ce texte et joué la comédie, comme la Rachel retrouvée dans l'hôpital.
La phrase qui m'a le plus marqué est une phrase de George Noyce :
Tu ne pourras pas trouver la vérité sans la laisser partir.
Je pensais qu'il parlait de laisser sa vengeance pour trouver la vérité sur cette île. Mais avec la vraie enquête cela a un autre sens : il lui demande de faire son deuil pour accepter la réalité et voir la vérité.
Dans tous le film les répliques sont choisis pour comprendre avec notre perception des choses et dès que nous avons enfin le dénouement final : toutes ces répliques prennent un autre sens.
Scène finale : Andrew redevient Teddy ... On a de la peine pour cette homme. Les soignants semble ne plus savoir quoi faire et par conséquent nous pouvons en déduire que si les essais psychiatres ont échoués ils vont en venir à des essais cliniques.
Andrew s'en va avec cette phrase culte :
"Mieux vaut-il vivre comme un monstre ou mourir en homme bien ?"
Je pense qu'à ce moment là comme dans chaque scène de paranoïa : il a une sorte de lucidité et de combat intérieur. Chaque personnage imaginaire qu'il a croisé lui donne des informations juste pour sa réalité (ex: George, Rachel de la grotte) et j'assimile cela à son "lui enfoui".
Dans cette final je pense qu'au fond il sait ce qu'il a fait mais qu'il préfère mourrir dans le déni et rester innocent plutôt que d'affronter la vérité et ressentir tous les poids de sa culpabilité.
La question que je me pose ensuite c'est : est ce que Andrew est coupable de la mort de ses enfants ? Dans la mesure où il n'a pas tenu l'arme, ou tendu d'arme contre eux. Mais comme sa femme était malade donc juridiquement non-responsable, est ce que ça fait de lui le seul responsable de la sécurité de ses enfants ? Est ce que le meurtre de Dolores est un crime ? La libération d'un poids trop lourd pour elle ? L'abandon d'une femme malade ?
Énormément de questions qui porte sur la culpabilité et la santé mentale. Cela pourrait faire l'objet d'une seconde critique.
J'ai beaucoup aimé le film, sa chute, ses plans et ses musiques assez anxiogène. Par contre je dois avouer qu'il m'a fait très peur, c'est ma limite haute des thrillers. Je ne pense pas le revoir d'où ma note, mais il m'aura marqué : c'est un fait certain.
Je viens de lire un fait intéressant : Shutter Island est l'anagramme de Truth and Lies (Vérité et Mensonges). Pour Andrew être Teddy est la vérité, cependant pour les soignants et autorités il s'agit d'un mensonge. Est ce que se mentir à soi-même peut réellement constituer une vérité ? Est ce que cette dernière doit toujours être absolue et peut-elle l'être ?