Si j'avais un million par Cinemaniaque
Le problème du film à sketches, c’est que ce sont des sketches. Imaginez : sur un pitch plutôt sympa (un millionnaire en fin de vie lègue son argent au hasard du bottin téléphonique), une demi-douzaine de réalisateurs se coltinent une parcelle du film. Le résultat est, forcément, décevant.
Premièrement, on n’associe pas n’importe qui n’importe comment. C’est très bien de faire appel à des techniciens peu imaginatifs mais qualifiés (Norman Taurog, Norman McLeod), mais balancer dans le tas un Ernst Lubitsch (qui avait largement fait ses preuves à l’époque, même pas dire que c’était un test pour lui), cela déséquilibre forcément la teneur des sketches, rarement drôles, souvent étirés inutilement et presque pathétiques. Quelques morceaux sortent bien du lot mais c’est surtout grâce à leurs acteurs (Gary Cooper, Charles Laughton, Georges Raft, W.C. Fields) et moins aux gags écrits.
Deuxièmement, tout cela manque cruellement de fil rouge qui donnerait un semblant de punch au film. Ici, les sketches se suivent indifféremment et sans souci de cohésion, et l’impossibilité de se lier à l’un ou l’autre personnage (y compris le millionnaire) force le spectateur à rester à distance de ce spectacle somme toute lent et répétitif.
C’est d’autant plus triste que l’Histoire du cinéma a retiré de la fiche technique quelques noms (les acteurs cités, Lubitsch, Sidney Buchman et Joseph Mankiewics au scénario) pour en faire des références. Mais pas en 1932, hélas.