Partant d'une idée assez simple (voire simpliste : un milliardaire sur le point de mourir, excédé par les vautours qui rôdent à son chevet, décide de donner des chèques d'un million à de parfaits inconnus), "Si j'avais un million" évite le principal écueil du film à sketchs en le poussant à l'extrême : là où d'autres essayent de transposer le modèle littéraire de la nouvelle, le film préfère multiplier les histoires, parfois très courtes, pour donner un éventail très varié de situations.
Pas de psychologie, pas de thèse, pas d'effets de manche, mais un joyeux défilé de personnages confrontés soudain à une somme ridiculement élevée quelques années à peine après la récession qui a mis à bas les États-Unis. Parfois burlesques (l'aventure échevelée de WC Fields, traversant la ville aux ordres de sa femme bien décidée à prouver à tous les chauffards qu'elle croise qu'elle n'est pas "rangée des voitures" mérite d'ailleurs à lui tout seul le détour. Un pur moment de folie), parfois tragiques, poétiques, ironiques, les personnages se succèdent, et à l'arrivée, cette poignée d'anecdotes touche en plein dans le mille. Un geste, un regard, une occasion manquée en disent alors autant que les longs plaidoyers façon Capra : qu'il fasse ou non le bonheur, en tout cas l'argent est un révélateur implacable de vérité.