Sidonie au Japon s’attache à deux stéréotypes de la culture japonaise, à savoir d’une part le voyage spirituel au contact de la nature – la marche du récit consiste à soustraire la femme française à la grande ville pour lui faire découvrir une ruralité où se ressourcer – et d’autre part le film de fantômes, traité ici sous un angle naturaliste puisque le spectre du mari disparu peuple des espaces banals, de l’escalier d’une librairie à la chambre d’hôtel. En cela, Élise Girard conçoit la désorientation géographique de Sidonie, mise à l’épreuve d’une culture complètement différente de la sienne, comme l’occasion d’un deuil, plus encore d’un partage de solitude et de poésie liée à cette solitude au contact de Kenzo Mizoguchi, son éditeur japonais qui vit lui aussi dans l’ombre d’une relation perdue, et qui porte le nom (certes commun) de l’artiste qu’il n’est pas.
La réalisatrice s’inscrit ainsi dans une tradition française, de Valley of Love (Guillame Nicloux, 2015) à Voyage en Chine (Zoltan Mayer, 2015), tout en injectant dans le périple de ses personnages un décalage malicieux et ironique nécessaire à la (re)constitution d’une réalité en partage : parce que « le pays où nous vivons n’existe pas », il convient de le projeter sur l’extérieur de la même façon que les déplacements en taxi sont réalisés sur des faux fonds – technique évoquant le tournage en studio des films classiques – et que les apparitions d’Antoine Perceval se font par superposition d’images. Le dialogue avec l’au-delà et l’en deçà advient par les moyens du cinéma et de la littérature, acte de foi en la fiction pour prendre en charge une vérité. Une œuvre magnifique portée par des acteurs qui le sont tout autant.