Première et meilleure adaptation cinématographique de Silent Hill pour le moment.
Le réalisateur a su parfaitement saisir l'esprit du 1er jeu tout en rajoutant des éléments du 2 et du 3, plus une dénonciation des dérives sectaires et fanatiques du christianisme intégriste nord-américain.
Gans a aussi très bien compris que chaque personne qui accède à Silent Hill accède en même temps à l'Enfer en y apportant le sien et en le ramenant chez soi. Tout y est pour reproduire l'ambiance de mélancolie et d'horreur propre à la cité maudite, en reprenant aussi la musique et les angles des jeux.
On félicitera l'équipe créative pour son mélange entre effets spéciaux 3D et maquillages très poussés, bien que la présence de Pyramid Head n'était pas indispensable car plus propre au 2.
Il est censé représenter la culpabilité, pas juste être un simple bourreau tourmenteur ni une figure paternelle de substitution pour Alessa.
Et l'équipe créative a aussi compris que Silent Hill est aussi une sorte de dimension parallèle cauchemardesque, un mauvais rêve dont on sort difficilement. La preuve est rien qu'avec Rose passant de grise à toute de rouge sang vêtue, mais restant dans la brume même après la fin.
Bien sûr, il y a quelques libertés et simplifications par rapport aux œuvres originales :
Dahlia n'est plus la méchante mère cheffe de secte satanique qui sacrifie son propre enfant Alessa pour en faire un nouveau Dieu. À la place, c'est une mère victime de sa sœur chrétienne fanatique Cristabella, qui a fait brûler son enfant en croyant protéger sa communauté du "démon", créant ainsi le mal en pervertissant leurs âmes à tous par ce crime.
Sa secte croit que Alessa est une sorcière ou un démon, parce qu'elle n'a "pas de père" ou parce que Dahlia refuse de dire qui c'est. La secte doit croire qu'il s'agit de "Satan" ou un truc du genre. Ça reste un prétexte stupide et cruel pour faire souffrir une gamine et régner sur une secte par la peur.
Tout comme on n'a plus de Harry/Henry mais une Rose à la recherche de sa fille Sharon afin de mieux renforcer la relation parent/enfant (qui a plus de sens si c'est une mère selon Gans).
Dans le jeu vidéo, Dahlia sacrifiait sa fille Alessa pour en faire "l'Incubateur" ou la mère de "Dieu", mais ça avait raté. Alessa était alors aussi grande brûlée comme dans le film. Sharon était soit sa fille soit la représentation de son innocence (à contrario du "côté obscur" de Alessa dans le film). Et Dahlia les forçait à fusionner pour devenir l'Incubateur (lumineux mais pouvant devenir l'Incubus démoniaque si "exorcisé"), mais elle donnait naissance à Cheryl pour la confier à Harry/Henry.
L'on pourrait reprocher au film de mettre trop de PNJ humains quand il y en a peu dans les jeux, mais j'aime bien la direction et la reproduction de la descente aux Enfers chère à la saga. La scène de fin est également un "plot twist" génial bien que le plan final laisse un peu dubitatif.
Rose a sauvé Sharon des griffes de la secte à l'aide de Alessa, qui a tué tout le monde à coup de fils à barbelés dans leur église refuge. Surtout Cristabella déchiquetée en deux. C'est mérité : elle avait fait brûler Cybil la policière pour une pécadille. Cristabella est la vraie démone dans cette histoire, bien qu'elle soit un décalque de la Dahlia du jeu vidéo. Mais Rose et Sharon finit dans une brume éternelle, incapable de retrouver leur mari et père Christopher. Silent Hill les garde emprisonnées même au delà de la ville maudite.
Bref, on regrettera que la suite Révélation n'ait pas été aussi satisfaisante (car faisant trop Hellraiser 3 du pauvre), tandis que ce film ainsi que Retour à Silent Hill ménagent bien la chèvre et le chou. Le 1er faisant le choix d'épargner Dahlia contrairement au jeu vidéo original.
Dahlia : Pourquoi ne m'a-t-elle pas emporté dans les Ténèbres avec les autres ?
Rose : Parce qu'une mère est Dieu aux yeux de son enfant.