Il s’est risqué dans des biopics qui mettent à l’honneur Edith Piaf (La Môme) et Grace Kelly (Grace De Monaco), de même qu’il s’essayait à de la comédie potache, qui ne vaut ni le sou, ni le détour (My Own Love Song, Les Seigneurs). Seul « Les Rivières Pourpres 2 » surnage dans la filmographie d’Olivier Dahan, finalement peu stylisée avec efficacité. Le voir se pencher sur une des plus grandes figures politiques françaises, sur l’ensemble de sa vie, semblait plus qu’audacieux, mais pas incohérent avec son modeste savoir-faire. Malheureusement, ce qui aurait pu être qu’une simple rétrospective documentée, sur la dame derrière la bannière publique, n'est ni plus ni moins qu’un portrait sans élan, sans pertinence, jusqu’à négliger ses faits pour mieux nous choquer ou tirer nos larmes.
Ces tentatives sont évidemment vaines, faute d’un rythme artificiel, qui se traduit par un yoyo narratif complètement éclaté et qui s’étaler sur trois temporalités par moment. Tout cela est symptomatique d’une de ses séquences d’ouvertures, qui vient superposer d’interminables citations misogynes. Le procédé est démonstratif et de mauvais goût, à ne pas confondre avec cette fameuse malaisance que le cinéaste a cherché à transposer à l’écran. Il en vient à tripler la mise sur la lecture du récit, essentiellement porté par Rebecca Marder dans l’adolescence, puis ses débuts dans sa lutte des droits, et Elsa Zylberstein dans la consécration des enjeux plus récents, comme le dispositif de la Loi Veil sur la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse ou sa résistance face à la naissance du Sida.
Mais à force vouloir raconter de tout, il n’y a plus de surprise, tout est tragiquement installé dans le champ et sans espoir de créer la réaction escomptée chez le spectateur, coincé pour deux heures vingt avec une caméra fuyant la brutalité et la sensation du choc émotionnel. Le détour de Simone par la Shoah n’offre pas non plus la subtilité dans le portrait des camps, si on en a déjà vu des images d’archives ailleurs. Le geste blesse à ce niveau, qui semble constituer le levier primaire de l’intrigue, car toutes les larmes versées reviennent vers ce traumatisme d’Auschwitz. Dahan s’égare donc entre deux époques, avec une maladresse terrifiante, où l’ancienne ministre de la Santé jongle entre le patriarcat ambiant et devient le symbole d’une sainte au grand cœur.
« Simone - Le voyage du siècle » se fourvoie dans la manière d’appréhender sa « super » héroïne, qui flamboie peu pour sa résistance que pour ses succès, fatalement anecdotiques dans ce projet fiévreux. La famille Veil a de quoi nourrir un imaginaire collectif poignant, mais ce serait de nouveau jouer sur la présence ou non d’un mourant à l’hôpital que d’insister sur la notion de sincérité, avec des violons qui nous expulsent aussitôt du mauvais côté de la porte. La trajectoire du récit reste circulaire et Dahan suit bêtement un schéma qui ne rend pas grâce à son sujet ou à son héritage.