Pure de jouvence
Après la parenthèse Babysitter qui adaptait une pièce préexistante, Monia Chokri semble renouer avec la comédie sentimentale en forme d’autoportrait qu’était La Femme de mon frère, son premier long...
le 16 nov. 2023
77 j'aime
4
Monia Chokri se révèle au grand public en revisitant le film à l'eau de rose par une fable subtile sur la frustration amoureuse dans les sociétés modernes occidentales.
Sophia et Sylvain, ce couple sonne faux tout du long, mais c'est pour mieux faire ressortir la vacuité de cette union trop éloignée des normes sociales. Le désir, la famille et le sentiment amoureux forment un triangle contradictoire et jouissif. C'est intelligent, fin et appuyé. Moi qui pensait le film à l'eau de rose condamné à être ringard et inintéressant…
Monia Chokri convoque tous les codes de ce genre loufoque pour nous délivrer une tragédie sentimentale et sociale fondée sur un amour aveugle et immature. Platon, Schopenhauer, Jankélévitch sont innocemment cités, puis s'avèrent le plan suivant, incapables de répondre aux problématiques d'un simple couple moderne.
Monia Cherki parvient à capter les mimiques révélatrices, les arrières pensées honteuses de ces personnages retombant dans l'adolescence. Elle marque les pauses nécessaires pour créer le malaise, elle amène le propos social en toile de fond pour mieux le laisser imploser à la fin. La petite bourgeoisie pédante à la vie facile, comme les plouques racistes de la province, tout le monde va prendre.
À cela vient s'adjoindre des choix de plan et une gestion de la lumière magnifiques. Le couché de soleil vermeil se reflétant dans l'étang, les corps nus se lacérant la peau au coin du feu, le contre-jour utilisé pour illustrer le vide laissé par l'abscence de Sophia dans la vie de Xavier puis Sylvain (et oui, l'existence est vide sans amour).
Les personnages sont aussi bien écrits qu'incarnés à l'écran. Sophia perçoit les choses différemment de ces amants, on remarque bien que le film opère une dichotomie du désir masculin et féminin. Sophia semble se contenter de son désir, elle tire partie de ces amants et elle pense que c'est réciproque. Elle se refuse à avoir des responsabilités, celle d'avoir des enfants (elle regarde médusée son amie courir et hurler après ces enfants capricieux) ou encore celle de voir son époux mourir (à travers ces beaux-parents). Du côté des mecs, l'heure n'est pas à la fête non plus. Il faut faire des enfants, il faut faire la demande en mariage, il faut être bon au pieu etc., que d'écrasantes obligations que la femme peut refuser d'un revers de la main. La candeur se lit à même leur visage lorsqu'il réalise qu'ils vont se faire larguer comme une vielle chaussette. Ils s'attendaient à quoi ? L'amour physique est sans issue disait Gainsbourg. Et comme l'assouvissement du désir charnel semble inévitable…
Le film nous achève sur un échec tragique d'une esthétique splendide. Sylvain, le simple, comprend l'impossibilité pour lui de s'unir formellement à ce qu'il imagine être la femme de sa vie, voyant dans le regard cruel de Judith décapitant Holopherne, celui d'une femme dégouté par l'impureté de son propre désir. La découverte effrayante de l'œuvre du Caravage est suivi d'un plan centré sur Sylvain, perdu dans ces pensées, méditant sur l'impasse et le ridicule dans lesquels l'ont noyé ses espérances. Les convives semblent bien loin de sa demande en mariage pathétique, tous le savent, cette histoire n'est pas sérieuse. Sylvain, seul au centre des convives, s'évapore dans un songe lugubre en contemplant les reflets diaphanes de l'aquarium. Ces reflets azures se confondent dans sa chemise de mauvais goût et dénotent dans le chic de ce milieu mondain. Il se maudit, lui et sa naïveté, d'avoir cru cette union possible. Tout ça contenu dans quelques secondes d'une justesse totale et d'une esthétique renversante. C'est beau.
Créée
le 10 nov. 2023
Critique lue 127 fois
1 j'aime
Après la parenthèse Babysitter qui adaptait une pièce préexistante, Monia Chokri semble renouer avec la comédie sentimentale en forme d’autoportrait qu’était La Femme de mon frère, son premier long...
le 16 nov. 2023
77 j'aime
4
Monia Chokri conte l'attirance entre une universitaire en philosophie maquée (on a le droit à plusieurs pensées de philosophes, comme Platon ou Spinoza ou Sardou, sur ce qu'est l'amour !) et un...
Par
le 10 nov. 2023
39 j'aime
9
Monia Chokri est en phase de devenir une cinéaste incontournable du paysage cinématographique québécois! Après deux œuvres à la fois très différentes (par leur sujet) et similaires (par la manière...
Par
le 4 oct. 2023
27 j'aime
5
Un dernier opus un peu moins inspiré que ces prédécesseurs, pour clore malré tout une belle trilogie. Je fais parti des "non-emballés" par le changement de direction de la licence doom. Je fais parti...
Par
le 28 mai 2025
3
Un jeux à la 3e personne où on ne peut pas choisir/changer l'angle de vue^^ elle est bien bonne celle là^^Ai-je besoin d'en dire plus ? C'est assez misérable pour une si grosse license...
Par
le 10 mai 2024
J'adore. C'est tout ce qu'on cherche dans une série, de l'humour, des rebondissements, des dialogues bien écrits et un chauve badass avec un bouc. Cerise sur le gateau, breaking bad réussit là où les...
Par
le 7 mai 2024