le 30 janv. 2025
Entre les mûrs
La prison est un haut lieu de fiction. Pour le spectateur, c’est l’univers inquiétant et insolite de la privation de liberté – bien souvent illuminé par la promesse d’une évasion. Pour le détenu,...
Ce film est bien réalisé et il est touchant, c'est vrai. Il met en scène d'anciens détenus et le générique donne à voir de véritables images d'ateliers artistiques ayant eu lieu en prison, ce qui est un bel hommage. Mais aborder le milieu carcéral depuis le prisme du studio A24 n'est pas sans conséquence sur le rendu.
La misère est une image qui conforte ceux qui y échappent, et ce film en est un exemple. Au même titre que les films Bird, abordant une adolescente précaire et livrée à elle-même, ou encore Moonlight projetant à l'écran deux hommes racisés de quartier populaire dans leur rapport à l'homosexualité, la volonté d'authenticité tourne au voyeurisme et la richesse du propos se troque en ragots.
Par exemple, lors d'une répétition de théâtre, il y a une scène de tension où un détenu dit avoir été témoin et marqué par un égorgement d'une grande violence. Mais ni cette scène, ni ce témoignage, n'ont d'intérêt narratif pour le film : il est question de faire apparaître à l'écran des émotions chocs attendues par le spectateur avide de découvrir une certaine sensibilité derrière la brutalité du monde carcéral. Alors on voit des détenus aux tatouages qu'on suppose liés à un passé difficile jouer Shakespeare, se raconter des blagues plutôt fines, et nous qui n'avons jamais été en taule sommes touchés de la sensibilité que recèlent finalement des criminels d'ordinaires diabolisés.
Mais la prison et l'introspection qu'elle amène dans un rapport ultime à l'existence, comme avec la peine de mort, n'est pas un thème neuf. On pensera volontiers à La ligne verte ou Les évadés qui finalement, étant des réalisation sans la prétention de dévoiler la vérité des vies entassées dans les centre de détention, le font mieux.
Dans Les évadés, la scène finale (les retrouvailles des personnages à la plage, soit vivant leur rêve), confronte le spectateur à une alternative à l'enfermement : l'évasion par la vie intérieure, qu'elle soit de l'ordre du vécu ou de l'attitude (car cette scène est trop fictive pour être réelle, mais la qualité de leur lien et leurs conversations montrent qu'un autre regard sur sa condition est possible). Dans Sing Sing, la misère est sans alternative : le personnage principal est libéré et retrouve un ancien détenu. On le voit, larmes aux yeux, regarder la prison et la vie par la fenêtre de la voiture. Regrets, nostalgie, mélancolie ? Peu importe, l'avenir est finalement sans perspectives car il n'en est pas question. Comment imaginer alors qu'un détenu ayant purgé sa peine puisse être autre chose qu'un homme qui sera toujours regardé comme un prisonnier, puisque c'est ce que fait le réalisateur lui-même ? Or ce point final, en étant montré mais pas critiqué, fait de cette image un amalgame stigmatisant.
Ce film, qui se veut un regard sur ce qui est invisibilisé se révèle en définitive enfermant. Il est touchant donc, mais les clichés qu'il contient tournent parfois son hommage à la dérision et donne plus à voir l'attrait du réalisateur pour le croustillant que recèle son thème, que le thème lui-même.
Créée
le 19 août 2025
Critique lue 69 fois
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