Les premières collaborations entre l'écrivain et scénariste Pierre Véry et Christian-Jaque avaient produit deux très beaux films: "Les disparus de St-Agil" et "L'assassinat du Père Noël". Ce film-ci, mélodrame poussiéreux adapté d'un roman suédois, n'est vraiment pas ce qu'ils ont fait de mieux ensemble...
"Singoalla", du nom d'une jeune beauté tsigane, est une tragédie en deux actes, commencée comme un Roméo et Juliette à la sauce suédoise et à la mode gitane. La rencontre entre Singoalla et le seigneur Erland sacralise le sentiment amoureux dans une emphase et une théâtralité hors d'âge. Dans des décors naturels ou dans un château médiéval dépouillé qui évoque le conte maléfique ou une légende nordique, Christian-Jaque met en en scène deux jeunes premiers qu'il dirige très mal tout au long d'une histoire surchargée de symboles et d'allégories
Michel Auclair et Viveca Lindfors sont figés dans un jeu ampoulé, tellement conventionnel qu'il confine à l'abstraction. Les seconds rôles sont à l'avenant, surtout dans la tribu tsigane -traitée sans beaucoup d'amabilité par le roman...- dont les membres sont tout en clichés.
L'histoire est un cauchemar parsemé de morts mais on n'y trouve, à cause de sa mise en scène sans cesse sentencieuse et de dialogues parfois risibles, aucune puissance tragique.
Tout le problème est là: la pesanteur de la réalisation et le pathétisme attaché aux personnages sabordent toutes les scènes. Seuls les derniers plans filmés par Christian-Jaque dans l'enceinte du château témoignent d'un peu d'inspiration.