Instigateur potentiel du long plan-séquence analogique Miklos Jancso tourne Sirocco d'Hiver à la toute fin des années 60, s'intéressant encore et toujours au passé et à l'Histoire de son pays.
En un peu plus d'une dizaine de plans-séquence purement et simplement collés les uns aux autres afin d'en faire 70 minutes de métrage quasiment exemptes de montage le célèbre et regretté réalisateur hongrois poursuit sa sempiternelle étude des révoltes et autres révolutions humaines, répétant les mêmes oppositions entre pouvoir et soumission, oppresseurs et opprimés... Disons le tout à trac : sur le plan essentiellement technique Sirocco d'Hiver est un pur objet de fascination, formant un très grand film de cinématographie. Virtuosité d'une caméra régulièrement mobile, suivant à la trace les personnages dudit métrage ; scénographique circulaire, échelonnant ses valeurs de plans dans une spatialité renversante ; rigueur formelle transformant la réalisation en véritable prouesse débarrassée d'esbroufe... Miklos Jancso n'épargne rien au profit du hasard, ne se désolidarisant d'aucune façon de son Sujet puisque celui-ci fait intégralement corps avec son troisième oeil...
Immense film donc, paradoxalement trop aride et redondant pour véritablement bouleverser sur la durée. Médusant, abscons et nébuleux le scénario de Sirocco d'Hiver pèche par excès de schématisme et de puissance abstractive : à peine comprend-on l'idée d'un complot ourdi contre la figure de Marko, esprit bouillonnant sous une tête froide clairement vindicative, et celle d'une insurrection politique mâtinée de calculs meurtriers... Le film fascine par sa maîtrise technique en même temps qu'il indiffère par son absence d'émotions, trop froid, trop figé pour réellement outrepasser le simple stade du bel objet filmique. Grand mais lassant.