Un type plus tout jeune parcourt à cheval et accompagné de son chien (un caniche moche mais hyper fidèle et intelligent) la toundra finlandaise.
Dans la nature sauvage et hostile de Laponie il cherche de l'or. Trouve une pépite de taille modeste mais suffisante pour le faire hurler de joie. Jusqu'à ce qu'il tombe sur le pactole inespéré, un véritable gisement : une pépite de plusieurs mètres de long qu'il va extraire et casser en morceaux pour pouvoir la transporter.
Sauf que nous sommes en 1944, que la Finlande occupée par les nazis a prié ses envahisseurs de quitter les lieux mais en partant ces derniers pratiquent la politique de la terre brûlée. Il s'agit d'"une tactique consistant à pratiquer les destructions les plus importantes possibles, à détruire ou à endommager gravement ressources, moyens de production, infrastructures, bâtiments ou nature environnante*, de manière à les rendre inutilisables par l'adversaire".
*J'y ajouterais les humains.
Mais comme dit Télérama : "les soldats allemands ont envahi la Finlande, ils n'auraient pas dû..." En effet, en chemin, un convoi militaire composé d'un char, de plusieurs véhicules, d'une camionnette bâchée qui renferme quelques jeunes filles devenues esclaves sexuelles et une bonne vingtaine d'hommes, croise la route de l'orpailleur, se moque de lui, l'appelle grand-père, essaie de tuer son chien et le laisse poursuivre son chemin persuadé qu'il ne survivra pas. Une scène plus tard, les allemands ont découvert que l'homme transporte une grande quantité d'or. Leur chef de section, cruel et inhumain jusqu'à sacrifier ses propres hommes pour arriver à ses fins n'aura de cesse de poursuivre l'homme seul et lui prendre son butin.
Sauf qu'ils ne savent pas qu'ils sont face à une légende finlandaise. Un mercenaire qui a tenu tête à l'armée russe et lorsque l'on découvre son (magnifique) corps nu lors d'un plan long et insistant (sauf là où vous pensez, coquines ! Règle numéro 1 : on ne montre jamais les parties intimes d'un garçon ; d'une fille, si, sans problème), les multiples coutures, plaies et bosses laissent imaginer que les combats furent parfois rudes.
A partir de là, je dois dire que je ne saurais à qui recommander ce film d'une violence souvent gore, qui ne pourra convenir à ceux qui estiment que la violence est parfois gratuite au cinéma et qui n'aiment pas voir un garçon soigner ses plaies avec les moyens du bord et décimer sans délicatesse et par tous les moyens à sa disposition une infime partie de l'armée allemande !!! Vous l'avez compris, ce type c'est Rambo en Laponie. Il ne prononcera que quelques mots à la toute fin du film mais c'est le genre de gars qui a tout perdu, n'a plus rien à perdre et entend bien ne pas se laisser voler ce qui lui appartient. D'ailleurs, le titre, Sisu désigne un mot finnois intraduisible mais qui révèle, paraît-il, le véritable état d'esprit finnois fait de courage, ténacité, persévérance et détermination. Ce n'est pas tant que cet homme soit immortel, ce que les allemands finissent un temps par évoquer, mais qu'il refuse de mourir.
Amis de la vraisemblance passez également votre chemin. Les épreuves que notre héros mutique va traverser sont absolument improbables et à chaque scène on ne peut s'empêcher de se dire que cette fois, non, c'est impossible, il ne va pas pouvoir s'en sortir. Mais le réalisateur, un petit malin, trouve chaque fois mille ruses et combines pour l'extraire de situations plus inextricables les unes que les autres. Il n'y a aucune limite à l'imagination pour que le héros s'en sorte, pas toujours indemne mais il connaît des techniques pour se relever et notamment survivre à... une pendaison.
Oui, je dois reconnaître que j'ai pris un immense plaisir, coupable sans doute, à le suivre jusqu'au bout de son épopée sanglante.
Le réalisateur révèle : "Le postulat de départ est le même que dans Rambo : un homme endurci affronte, seul, la nature sauvage et un ennemi redoutable. SISU ne se prend pas trop au sérieux, mais l’atmosphère est sombre et violente." Vous êtes prévenus. Il se paie aussi le luxe de rendre les paysages incroyables de la Laponie aussi mystérieux et cinégéniques que ceux des westerns américains. Il fait des paysages et du climat des personnages à part entière. Et la tenue du chercheur d'or fait de lui physiquement un cow-boy, un migrant de la ruée vers l'or.
Evidemment face à lui, les nazis sont pour la plupart particulièrement cruels et inhumains quand ils ne sont pas tout bonnement sacrifiés par leur chef. Dans ce survival de l'extrême, le nazi explose, se découpe en tranche comme jamais. Pas de prise de tête métaphysique. Ici, il faut survivre. Point.
Et au milieu de ce carnage jouissif et hypertestostéroné, le réalisateur parvient à placer quelques femmes qui auront droit à leur ralenti, en marche vers leurs destin et un beau et puissant personnage de femme. Chapeau.
Rarement un spectacle aussi brutal et sanglant ne m'a paru aussi jubilatoire. Avec en prime un acteur (totalement inconnu, Jorma Tommila, et son fils Onni joue ici un nazi) très charismatique, mix savoureux de Bryan Cranston, Peter Mullan et Ed Harris...
P.S. : Vous avez vu ? J'ai réussi à parler de ce film sans citer Quentin Tarantino !
Ah zut...
perdu.
Tant pis.