Notes sur le film : Agréable surprise que ce drame très bavard à cause du dynamiteur joué par Will Smith. S’infiltrant - principalement, mais pas uniquement - chez un couple de millionnaires, le jeune homme, qui se fait passer pour un individu de leur classe sociale sans l’être réellement, souligne, par ce que provoquent sa présence enveloppante et ses discours ampoulés, l’inanité fondamentale d’individus riches, et ivres de leur compte en banque uniquement. Pour le reste, le couple piégé est pratiquement dénué de toutes qualités humaines, comme nous le découvrons au fur et à mesure : générosité de façade, homophobie latente, manque de courage visible, obsession de l’argent…
Ce constat est étendue à une classe sociale entière, puisque d’autres parents très bourgeois et leurs progénitures hors-sol sont épinglés pour leur relation d’une superficialité cosmique. Par ailleurs, leurs dîners mondains, qui découpent le récit, sont plein de commentaires superficielles, et tournent même autour de cette infiltration subie : le frisson de l’angoisse pour des gens qui ne ressentent plus rien d’autre que le confort est un pur spectacle qui suscite la fascination chez leurs semblables. Et chez le spectateur, aussi, qui ne peut que constater que le grain de sable Will Smith a bouleversé, d’abord de manière artificielle et superficielle, un monde supposé ne pas bouger, avant qu’un éclair de lucidité touche Louisa (Stockard Channing), qui se réveille de sa léthargie face aux sentiments non feints pour une fois ressentis. L’ironie est cependant de constater que Louisa a le luxe de se réveiller et de pouvoir continuer à vivre : un autre couple, moins fortuné, est loin de prendre le même trajet après la rencontre avec le mythomane.
Un cinéaste supérieur à Fred Schepisi – La maison Russie (1990) - aurait tiré ce scénario plutôt brillant vers des sommets, le visuel étant ici en deçà du script, mais Six degrés de séparation est assurément une vraie découverte.