Je résume : Sam Mendes + James Bond = Grosse attente de la part de Bibi. Mais si James Bond = pas respecté, la solution devient = déception. Simple, non ?
En fait, outre l'impression de mollesse du film, j'ai surtout l'impression que Sam Mendes et John Logan n'aiment pas James Bond. Pour moi, ce n'est pas tant une désacralisation ou un approfondissement de la saga qu'ils font que du torpillage systématique. Un méchant sympa ? On le ridiculise avec un postiche infâme et des motivations ridicules. James Bond ? Il a perdu tout sens de l'humour (ceci dit, ça c'est le film en général) et en plus a une sale gueule. Une séquence augurant un remake de Straw Dogs ? J'ai plutôt vu un remake, version Rambo, de Maman j'ai raté l'avion. Le scénario ? Incohérent, présentant une première heure d'un Bond fatigué, mou, incapable de viser à moins de 2 mètres, et on le retrouve en tireur d'élite capable de rester 5 minutes sous l'eau glacée sans se forcer à la fin. Mendes et Logan assument parfois leur caricature quand Bardem déclare "toutes ces explosions, c'est d'un épuisant..." mais le mal est fait : le duo s'en prend à un mythe à la manière d'un Nolan, sauf que Bond n'est pas Batman tout simplement car Bond a toujours existé au présent, dans chaque film, et non dans le passé. Qui, soit dit en passant, est une grosse blague (what ? James avait un manoir familial en Ecosse ? Mais pourquoi ? Ah ok on dira rien, merci d'être venu). Et quand on évite la subtilité, on passe à l'artillerie lourde : tout ce qui fait Bond est détruit, un par un : son image, sa classe, son charme avant de passer au plus matériel comme l'Aston Martin, symbole parmi les symboles, jusqu'à sa maison. Oui, il faut faire table rase de James Bond, personnage ou figure cinématographique. Oui mais non.
C'est d'autant plus dommage que le film possède quelques éléments qui méritaient un travail délicat mais faisable : un Bond meurtri, une M en figure maternelle qui tourne casaque, un ancien qui vire du mauvais côté de la barrière, même quelques références aux anciens James Bond (la scène des varans rappelle l'époque Roger Moore). Mais non, Skyfall décide de jouer la carte du réalisme - sans pour autant le respecter (voir la forme olympique de Bond en moins de 72 heures).
Avec le recul, je l'avoue, je préfère un Casino Royale, qui se bonifie avec le temps. Ou un GoldenEye, dont Skyfall reprend pléthore d'éléments (nouveau M, Bond réactualisé, un méchant "00"). Reste une mise en scène parfois sublime de Mendes (le combat dans la tour de verre, en ombres chinoises) mais John Logan, comme d'habitude (voir sa filmo) gâche la majorité des éléments qu'il écrit. Sans parler de la musique insipide de Thomas Newman, qui a le culot de reprendre le thème de Saw (!) et qui ne tient clairement pas la distance par rapport au titre d'Adele.
Ah, et les effets spéciaux sont ratés. Et ça, ça fait mal.
Reste à espérer qu'Hollywood lâchera un peu la bride sur le "réalisme" de ses héros, mais vu les résultats des Dark Knight et de Skyfall, je suis sceptique. Autant m'entraîner à rester flegmatique devant les prochains films de la saga, donc.