Slalom: Magnifique premier film!

Vu à l'avant première aujourd'hui en présence de la réalisatrice Charlène Favier qui signe là un premier film détonnant abordant sans détour des thèmes sensibles tel que le rapport au corps, les abus sexuels, l'exigence sportive en contradiction avec l'esprit adolescent cherchant une perte de contrôle, l'adrénaline du danger, l'emprise psychologique ainsi que le rapport de domination des entraîneurs sur les entrainé(e)s, les silences qui s'installent autour et comment -comme nous a expliqué la réalisatrice- la situation peut rapidement déraper et empirer si dès le départ, il n'y a pas de cadre clair, posé et défini.


On suit l'histoire de Lyz, 15 ans qui intègre la prestigieuse section ski-étude, réservée à la future élite du ski français dont Fred, l'entraîneur et ancien grand champion à la charge de former.


En l'absence de parents présents -plus occupés par leurs vies personnelles que par leur fille-, cet entraîneur, aux méthodes dures l'a prendra sous son aile et l'emmène en direction de la victoire jusqu'au dérapage de ce dernier.


Elle nous a expliqués durant l'après séance que cette histoire était le fruit d'une partie de ses expériences passées qu'elle a du subir étant adolescente et jeune adulte (cependant non pas dans le ski mais d'autres domaines sportifs et artistiques) et qu'elle a mis 5 ans à faire le film et que le mouvement #MeToo l'a libéré.


En effet, elle s'est aperçue au cours de l'écriture qu'elle voulait finalement essentiellement parler de ce rapport de domination dans le milieu sportif et les dérives qui en découlaient.


Son but n'était pas d'être manichéenne et de blâmer qui que ce soit mais de montrer une situation qui est déjà arrivée par le passé à beaucoup de personnes dans le secteur sportif notamment et que par conséquent, il faut trouver des solutions pour contrer ce phénomène et si ce film peut être déclencheur d'une prise de conscience alors elle aura réussi son pari.


Elle le projette d'ailleurs dans plusieurs écoles notamment le STAPS Lyon pour créer un débat


Etant donné la nature du sujet abordé et le fait que le film ne soit pas manichéen (au contraire de The craft dont le sujet de l'oppression féminine est fait de façon grotesque, voir ma critique), cela a refroidi d'important acteurs économiques (Canal + et France TV-qui pour ce dernier trouvait le tout trop compliqué pour son public qui souhaitait généralement identifier clairement un méchant et une victime) ce qui l'a donc poussé à produire l'ensemble avec moins de temps que prévu (5 semaines de tournage au lieu de 6 soit 20 pages de script en moins) et moins de budget, à peine 1 million d'€ (budget moyen français= 5 millions d'€) pour pourtant des images de toute beauté et une histoire qui tient parfaitement la route. Un petit miracle en soi :)


En effet, la réalisatrice passée par la FEMIS, nous offre des plans magnifiques sur ces décors montagneux où elle a elle-même grandi (Val d'Isère) et les courses sont parfaitement immersives, rythmées et excellement cadrées!


Elle nous permet d'être impliqués dedans grâce notamment à un excellent travail du son et du bruitage sonore dans son ensemble ainsi qu'une excellente interprétation de son casting spécialement la jeune Noée Abita-brillante dans son interprétation tout en physicalité et jeux de regards- et de bien entendu, l'expérimenté et protéiforme Jérémie Renier qui -après des prestations de très bonnes factures dans Cloclo ou encore L'amant double- réussit encore une fois à se fondre parfaitement dans ce personnage ambivalent.


En résumé, c'est beau, bien filmé avec un casting investi doté surtout une histoire prenante, parfaitement maitrisée et développée tout en finesse et subtilité.


Ce genre de cinéma mérite clairement d'être vu et je ne peux que vous encourager à aller voir ce film en salle (normalement vers le 16 décembre si ce confinement 2.0 fini bien le 1er décembre) et à le soutenir.


Quand à la réalisatrice, je lui souhaite une magnifique et longue carrière!


A découvrir par tous!

lugdunum91
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le 29 oct. 2020

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