[Attention, contient des spoilers]
Slalom est le premier long-métrage de Charlène Favier. Etant originaire de l'Ain, son film prend pour cadre une région voisine qu'elle connait bien: la Savoie. Haut lieu du ski français, elle nous parle d'un milieu qui lui est également familier, celui des centres de formation. Mais contrairement aux apparences, Slalom est tout sauf un film nostalgique à la gloire des sports de glisse.
La première partie du film nous plonge dans le quotidien d'une section ski-études d'un lycée. Comme son nom l'indique, il s'agit à la fois de poursuivre un cursus d'étude classique auquel vient se greffer un imposant programme d'entrainement sportif. On arrive pas là par hasard et le but est clairement de former de futurs pros. Mais pour ça, il faut une détermination à toute épreuve.
On y comprend mieux à quoi sont confrontés ces ados, qui doivent consentir à de lourds sacrifices, notamment en termes de vie sociale et familiale, à un âge fondamental dans la construction d'un individu.
Ici, Lyz, 15 ans, comprend vite que personne ne lui fera de cadeau. Déterminée à réussir, mais isolée (peu de vrais amis, famille absente...), elle va rapidement se rapprocher de Fred, son intransigeant coach qui cherche constamment à la pousser dans ses retranchements.
Si Fred est à l'évidence un entraîneur compétent, le rapport qu'il noue insidieusement avec son élève devient d'abord ambigu, avant que ses intentions ne deviennent très claires.
La deuxième partie du film est donc nettement moins légère et dépeint la complexe relation entre un individu qui a l'emprise sur un autre (la réalisatrice utilisera l'expression décriée de "zone grise"). Complexe de par l'ambivalence d'un homme qui croit sincèrement en son élève, mais qui s'avère incapable de maitriser ses pulsions, transformant le coach dur mais bienveillant qu'il est au début, en un bourreau qui a profité de sa position dominante et qui plongera alors dans une forme de déni. Complexe aussi parce que la victime laisse parfois entendre qu'elle apprécie l'attention dont elle est l'objet de la part de son entraineur (elle va même jusqu'à lui dire qu'elle veut "que ça dure toujours entre eux") et semble, du moins au début, réellement attirée par lui. Néanmoins, cette emprise la pousse à subir des choses pour laquelle elle n'était à l'évidence pas consentante et qui vont légitiment la choquer profondément. En d'autres termes, cette deuxième partie montre avant tout la solitude d'une victime de viol, dont il est d'autant plus difficile de parler quand le coupable fait partie du proche entourage (ce qui est le cas le plus courant de ce genre de crime).
Pour son premier essai, Charlène Favier s'en sort bien avec un sujet pourtant très sensible. Egalement interprété avec une remarquable justesse par Noée Abita et Jérémie Renier, dans des rôles difficiles, Slalom est un film bien plus lourd que son affiche promotionnelle et son slogan peuvent laisser croire.
Enfin, et il faut le souligner, Slalom n'oublie pas pour autant d'être un "beau" film, dans le sens où il est esthétiquement très soigné et qu'il met en valeur ce milieu si atypique qu'est celui de la montagne.
Dommage que la communication autour du film soit maladroite, et pourrait conduire ce dernier à passer à côté de son public. Non, ce n'est pas un film sur le sport, c'est un film sur l'emprise d'un individu sur un autre et sur les violences sexuelles. Et même si les scandales sont nombreux dans le milieu de la formation sportive, le cadre du ski-études demeure ici accessoire puisque les faits dénoncés touchent évidemment tous les milieux et toutes les strates de la société.
Un film choc pour le retour dans les salles obscures.