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C’est la première chose que l’on entend dans « Slalom », le souffle, la respiration, le corps épuisé de sa jeune héroïne, Lys, figure autobiographique de la réalisatrice Charlène Favier, laquelle ayant elle-même été championne de ski à l’âge de quinze ans, utilisant notamment en guise de lieu de tournage l’appartement où elle a grandie. Ce souffle, justement, lequel est moins une illustration de l’effort sportif qu’une hantise physique et psychique, sachant que chaque respiration intervient, pour Lys, comme un pas de plus vers son isolement dans l’esprit de compétition, encadré par son entraineur, Fred, en proie à une sexualité déviantes le poussant à assouvir des pulsions criminelles sur de la jeune fille, encerclant totalement son cadre de vie. Ce souffle est encore plus atroce dans les deux séquences d’attouchements, filmées dans leurs longueurs, dans leurs douleurs. Inutile de saluer la performance de Noée Abita, capturant pleinement le rôle principal. Inutile de faire l’éloge de la photographie, slalomant (pour le moins qu’on puisse dire) entre les teintes explicitement virginales du rouge et du bleue. Inutile d’admettre une réalisation nette et d’une direction d’acteur superbement orchestrée. Car au-delà d’un film relatant et mettant en scène les violences sexuelles dans le milieu sportif, « Slalom » s’axe surtout sur la perte de soi, Lys n’étant pas consentante aux abus qu’elle subit, mais se laissant faire, s’attachant à son agresseur, cachant la vérité de sa situation, jusqu’au bout.

On regrette les grosses ficelles parfois utilisées par le scénario pour isoler l’héroïne dans l’emprise de son entraineur : sa mère annonçant d’emblée abandonner sa fille au profit du travail, ses camarades la mettant à l’écart, jusqu’à inaugurer un concours de circonstance la poussant à s’installer chez le loup-garou. Alors oui, ces voix narratives par lesquelles intervient l’isolement fonctionnent, mais ne sont pas sans souquer l’intrigue dans des cases que l’on coche au fur et à mesure pour intensifier le programme. Mais il y a aussi, fort heureusement, l’isolement relaté par les voix visuelles. Passer cela, on savoure ces quelques plans-drones (pour une fois que c’est bien utilisé !) où Noée Abita se retrouve seule dans la neige, au beau milieu des maintes traces laissées par les skieurs filant dans toutes les directions. Aussi, ces plans de coupe sur les sommets montagneux isolés, pressurisants, inatteignables et dangereux, tout juste à moitié visibles dans la blancheur diurne comme dans l’obscurité nocturne, comme s’ils projetaient les ambitions aveugles de Lys et de tous les autres humains les regardant. Même, « Slalom » se suffirait à cela, à ces brefs moments de parenthèse avalés par la solitude, où l’héroïne contemple un semblant de réponse à ses malheurs. Surtout, ces instants constituent les seuls vrais moments de profondeur du film, lequel, si il réussit totalement son exploration de la cruauté, ne dévore cette dernière qu’assez superficiellement, renvoyant les actes de viol à la seule surface corporelle, résultant à évoquer l’indignation sans vraiment chercher plus loin dans les rapports ambigus noués par Lys et Fred, face auxquels on se réjouira — malgré tout — de l’absence totale de manichéisme. Aussi, on regrette que Charlène Favier n’enfonce pas plus le clou dans l’exploration de la part d’ombre du sport de haut niveau, comme le faisait l’excellent « Foxcatcher » (2014), consacré à John du Pont. Sans doute la réalisatrice, pour mieux saisir l’effroi, aurait-elle due s’accorder à un rythme plus lent, s’attardant sur la pression géographique, physique et mentale, plutôt que d’exposer presque seulement la solitude de Lys et sa relation avec Fred. Bref, il y a un creux dans « Slalom », un certain manque de radicalité, justifié par le fait que sa réalisatrice souhaite vraisemblablement s’adresser au plus grand monde, chose difficile à exécuter autrement avec un sujet pareil. Quoiqu’il en soit, l’acuité dont bénéficie « Slalom » le long de quelques séquences suffit à lui donner un souffle d’une remarquable efficacité, à laquelle il sacrifie sa singularité, au point qu’on en oublierait presque que son histoire est avant tout celle d’une descente dans l’enfer blanc. Trouble, à défaut d’être troublant.

JoggingCapybara
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