Fort de ses succès précédents ("Good Morning Vietnam", "Rain Man"), le réalisateur Barry Levinson parvient à monter un casting monumental pour "Sleepers" : Robert De Niro, Brad Pitt, Kevin Bacon, Vittorio Gassmann, Dustin Hoffman, Jason Patric ainsi que Minnie Driver pour la touche féminine.
Pourtant, s'il reste un drame poignant, "Sleepers" n'atteint pas son ambition de chef d'œuvre inoubliable, loin s'en faut.
Malgré quelques belles séquences, les effets de mise en scène de Levinson apparaissent trop appuyés, parfois maladroits voire franchement laids, avec notamment un abus de ralentis et de flous (les scènes de pédophilie, le match détenus contre gardiens...). Ce type de procédés ancre lourdement le film dans les années 90 et atténue l'émotion, qui apparaît un peu artificielle.
De plus, la distribution exceptionnelle ne transcende pas réellement le long-métrage, entre les comédiens un peu transparents (Patric) ou en service minimum (Bacon), et ceux dont le rôle demeure assez mineur (Hoffman, Gassman).
Cela dit, "Sleepers" reste une œuvre honorable, qui se laisse regarder sans problème. Inspiré de faits réels, le film aborde des sujets forts et polémiques, s'appuyant sur un Robert De Niro tout à fait crédible dans la peau d'un prêtre des rues confronté à un dilemme existentiel.
Le film de Levinson constitue aussi un bel hommage au quartier populaire de Hell's Kitchen à New York, et une analyse intéressante de cette banlieue ouvrière, dans sa façon de n'obéir qu'à ses propres règles, et de rendre sa propre justice.