Un premier film ambitieux qui se perd dans ses contradictions
Si l'on suppose le corps de Lucy traversé par les autres lors de ces diverses transactions, c'est sans nul doute la scène inaugurale, dans le laboratoire, qui, à elle seule, concentre tout le propos du film. Le seul vagin dont il est question est bien la bouche, dans laquelle un homme à la blouse blanche y enfonce profondément un tuyau : on entre là sous le règne du conte et de ses correspondances psychanalytiques, dignes d'un Bettelheim réchauffé*1. Correspondance vagin/bouche qui nous sera illustrée lors de la scène de préparation de Lucy, pour sa première apparition en compagnie des vieux messieurs, puisqu'on ordonnera à celle-ci de choisir un rouge à lèvres de la couleur de ses autres lèvres. Là encore, le propos est dans le fond grossier, mais les plans sont d'une grande délicatesse.
Quant au temple, si celui-ci désigne un endroit inviolable, on sera sans doute gêné que le viol soit circonscrit au vagin seul. Il y a là, soit, une simple incohérence, soit quelque chose de très dérangeant, du point de vue du regard que le film porte sur la sexualité, qui, finalement, apparaît comme invisible et impossible tout au long du film. Il ne subsisterait alors que des scènes de tentatives de violation d'un corps justement inviolable.