Small Roads... autant de lopins filmiques éclairés, cadrés et enregistrés par l'étonnant James Benning. 47 plans d'inégales durées, impartiaux dans ce qu'ils cherchent à montrer, donnant à voir un morceau de bitume dans toute sa contenance. Le cinéaste insuffle ici une dimension pour le moins aléatoire au montage cinématographique, ne cherchant jamais à charpenter et/ou à ramifier un plan donné avec celui qui le précède ni avec celui qui le suit ; il pulvérise littéralement la notion de narration, laissant exister chacune de ses vues par et pour elle-même sans tendre à raconter un parcours métrique.
Ainsi les routes, si elles sont encore et toujours présentées dans l'imperturbable logique centripète du réalisateur ( cadre fixe, maturation visuelle et contemplation picturale mettant à l'épreuve notre persistance rétinienne ) témoignent ici leur inertie avec ou sans véhicule(s) pré-supposé(s), sans conforter nos attentes d'un ou plusieurs évènements. En redéfinissant l'instantanéité d'une chasse aux images James Benning porte à son paroxysme la mouvance photographique, laissant macérer ses plans pour inviter le spectateur à lire et, de fait, mieux comprendre ce qui se présente à ses yeux. L'un des films les plus surprenants de son auteur.