Avec "Smashing Machine", Benny Safdie signe un film d’une grande intensité, mais d’un genre nouveau pour lui : un drame de chair et d’âme, traversé par une onde mélancolique inattendue. Loin des déflagrations fiévreuses de "Good Time" (2017) ou "Uncut Gems"(2020), réalisés tous deux avec son frère, cette première réalisation en solo installe un rythme plus feutré, un souffle ralenti, où le vacarme du ring se mue en bruissement intérieur.

Sous ses airs de biopic sportif, "Smashing Machine" est avant tout une méditation sur la vulnérabilité. Benny Safdie s’empare de l’histoire vraie de Mark Kerr, champion de lutte devenu pionnier des arts martiaux mixtes, non pour glorifier un héros brisé, mais pour sonder ce qu’il reste de l’homme une fois le mythe fissuré. Dwayne Johnson, qu’on croyait condamné aux rôles d’icônes invincibles, trouve ici un rôle impressionnant. Avec une retenue stupéfiante, il incarne ce colosse au bord de la chute, rongé par le doute et les addictions, écartelé entre la rage de vaincre et le besoin d’être aimé.

Le film doit beaucoup à son réalisme viscéral : caméra à l’épaule, lumière crue, montage heurté. Benny Safdie filme la sueur, la peur, la solitude comme on filmerait un documentaire. Et pour cause, l’œuvre s’inspire directement du "The Smashing Machine" de John Hyams, dont il reprend certaines scènes à l’identique. Mais là où Hyams observait, Safdie caresse, son cinéma respire l'empathie radicale (expression qu'il revendique dans un entretien à propos du film), un regard plein de tendresse posé sur des êtres perdus, abîmés, magnifiques.

Emily Blunt (Dawn Staples), la compagne de Mark Kerr interprète cette descente lumineuse, entre amour et désarroi. Leurs scènes de couple (pas toujours très réussies), tremblées, imparfaites, donnent au film une pulsation intime qui tranche avec la brutalité des combats.

Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise, Safdie signe ici bien plus qu’un biopic : une ode à la fragilité, à cette faille qui rend l’humain plus grand que le héros. En filmant les fêlures de Dwayne Johnson comme un artisan du kintsugi, il fait briller cette discipline pourtant si rude.

"Smashing Machine" n’est pas seulement un film de force, c’est un film de grâce, un chef-d’œuvre de compassion et d’humanité.

Radiohead
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le 30 oct. 2025

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