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Je suis assez partagé. Le film est d’une froideur quasi-cruelle ; cette froideur est visuellement très intéressante mais ne m’a pas parue si opportune pour mettre en scène le conflit conjugal au cœur du film.
La représentation de la station de ski est géniale. En la filmant principalement en plans fixes cadrant de manière objective certains éléments particuliers aux stations (les déclencheurs d’avalanche, les canons à neige, les hôtels à flanc de falaise, etc.) et en entrecoupant le film de plans d’ensemble montrant la station comme un monde à part, hors du temps, le réal lui donne un aspect extra-terrestre. Il appuie d’ailleurs sur cet aspect de manière cocasse, avec cette scène de drone complètement ahurissante. Ce parti-pris esthétique est assez puissant, il rappelle au spectateur habitué à l’existence des stations de ski leur étrangeté et leur éloignement du monde réel. Et, de cette façon habile, il discrédite a priori ce qui peut s’y produire – c’est un monde de riches, ce ne peut être que le théâtre de problèmes de riches.
Ainsi, le film justifie visuellement la cruauté dont il va faire preuve dans la description des relations au sein de cette famille (puis de ce groupe d’amis) norvégienne. J’ai vraiment aimé cette manière ambigüe, on pourrait presque dire ironique, d’aborder une histoire. Ça change, car en général un réal soit fait preuve de déférence envers son objet, soit indique d’une manière non-cinématographique (un carton, des lignes de dialogues, ou pire, la communication autour du film) que le traitement du sujet est critique. Là c’est fait par la réalisation, et c’est bien plus subtil. Il y a une forme de déclassement de ce qui est raconté, mais c’est assez feutré, cela n’étouffe pas totalement l’intérêt de la narration et la capacité du spectateur à compatir aux personnages.
Après, et c’est là que le film me perd un peu, le traitement des personnages est lui aussi très froid. Même si la mise en scène, malgré le discrédit des problèmes des personnages, nous laisse l’espace de compatir, on ne compatit pas. On pourrait dire que le film redouble de froideur et de cruauté : il te dit par la représentation de la station que tout ce qu’on voit ne sont que des problèmes de riches, puis derrière, dans l’écriture, il ré-insiste sur la vacuité de ces problèmes de riches (qui sont des vrais problèmes, mais de riches). Pour moi c’est trop, c’est redondant, on perd la pertinence du lieu et de sa mise en scène si on vient redoubler ça d’une écriture appuyée et presque caricaturale des conflits conjugaux.
Le film échoue à nous faire croire à la véracité de ce foyer qui se fissure : je schématise très peu en disant qu’on passe du couple détresse hystérique de la mère/froideur du père à froideur de la mère/détresse hystérique du père (qui va être doublée de la détresse de son ami d’enfance qui n’arrive pas à trouver le sommeil). On est alternativement embarrassé par le comportement de la mère et du père (surtout du père dans cette haute contreplongée, certes magnifique, représentant le point de vue de l’homme de ménage du couloir) et on est embarrassé par cette fin qui apporte une résolution bien factice à l’ensemble. On sent que c’est voulu, tout ça fonctionne complètement, mais j’ai trouvé ça insuffisant. C’est trop schématique, j’aurais préféré un traitement bien plus fin de leur relation pour jouer avec l’ambiguïté permise par la réalisation. Si l’empathie avait émergé dans le traitement des personnages, on aurait eu un film qui, d’une part, via des choix esthétiques brillants, sape les fondations d’une prise au sérieux des événements auxquels on assiste mais qui, d’autre part, nous émeut malgré tout. Le film aurait pu nous mettre dans une position inconfortable extrêmement intéressante, et je lui en veux d’avoir rater ça.
Créée
le 8 mars 2020
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