Même si j'ai beaucoup de mal à trouver un véritable plaisir instantané de visionnage devant ce genre de film, assez rugueux sur le plan formel (avec tout son matériel expérimental pour casser les codes et faire varier les tonalités) et extrêmement dense sur le plan théorique (un réquisitoire politique contre le racisme dans la société française des années 1960), il m'est bien difficile de ne pas ressentir une franche sympathie pour le projet de Med Hondo. Le programme est assez simple dans les grandes lignes : "Soleil Ô" suit le parcours d'un immigré mauritanien arrivant à Paris, sa bienveillance et sa bonne volonté en bandoulière, à la recherche de travail. Mais tout ce qu'il trouvera tournera, dans le meilleur des cas, à de l'indifférence et de l'incompréhension, et dans le pire des cas, au rejet et à l'humiliation. Le choc est frontal et violent, mais il n'est pas asséné de manière toujours froide et sérieuse, le film laissant libre cours à une forme de comédie qui développe un sens de la dérision particulièrement aigu.
Hondo avance un récit extrêmement bien construit et structuré, à défaut d'être totalement appréciable sur le plan cinématographique en ce qui me concerne, et n'hésite pas à dénoncer, au-delà des manifestations classiques du racisme le plus bête (c'était il y a 60 ans, mais force est de constater que la société française n'a pas vu cet aspect s'améliorer), les penchants frontalement colonialistes de la bourgeoisie et de son jeu de placement de pions dans de nombreux pays d'Afrique. Le film dénonce des formes d'oppression particulièrement hétérogènes, sur le plan professionnel comme sentimental, il aborde les problématiques de manque de solidarité entre sous-ensembles de populations opprimées (par exemple, le manque d'engagement des syndicats ou encore l'indifférence des hauts dignitaires africains vivant en France), tout en observant de nombreuses conséquences à des niveaux politiques, sociaux et économiques. On y croise un personnage interprété par Bernard Fresson, l'un des rares exprimant une forme de compassion sincère, ou encore le père de Pascal Légitimus, Théo. On parcourt les taudis dans lesquels les noirs sont parqués, les lieux de travail où on les dévisage, les cours de français indignes et condescendants dont on les gratifie (pour apprendre à dire une scie ou un tournevis, ainsi qu'à distinguer les différents types de balais). Hondo va jusqu'à s'amuser à filmer les réactions de passants lorsqu'ils voient un couple formé par le héros noir au bras d'une compagne blonde.
Un film que Frantz Fanon n'aurait pas renié, sur le thème de l'illusion de l'intégration en France, qui aurait à mon sens gagné à adopter un style narratif un poil plus intelligible, voire à exacerber ses segments volontairement abscons afin d'en amplifier la dimension ironique.