Chez Mocky il y a des hauts et des bas, beaucoup de bas, mais Solo fait partie des très hauts. Contrairement à la majorité de ses films, ce n'est pas une pure comédie grotesque, mais une sorte de poème très noir, un film dont l'ambiance est totalement unique. Il y a toujours une dimension ovniesque, bizarre et un peu grotesque dans la mise en scène : le grand-angle qui exagère les perspectives et donne un côté fantastique à la ville, des plans débullés sur la route, certains raccords, des effets spéciaux foireux, ... La musique est inoubliable, pas seulement parce qu'elle est sublime, mais parce qu'elle non plus ne ressemble à rien que l'on puisse trouver dans le cinéma, sauf chez Mocky.
Les cinq premières minutes ont l'air d'annoncer une farce typique du cinéaste, mais très vite le ton devient totalement désenchanté. C'est le film que Mocky a tourné après mai 68, et la grande question qu'il se pose, et qui s'incarne dans la confrontation entre les deux frères protagonistes, l'un terroriste anarchiste et l'autre gangster, c'est la question de savoir ce qu'il vaut mieux faire dans un monde ou rien ne va : essayer de le changer, se révolter violemment, ou bien en profiter, accepter cyniquement que le monde est corrompu et tirer son épingle du jeu. Le film ne tranche pas. Il transforme ainsi ce qui s'apparente à un simple polar en un récit politique et une fuite existentielle.
Quand Mocky a un peu d'argent et qu'il ne bâcle pas complétement son scénario, c'est quand même un grand cinéaste, loin de l'image de télé qu'il a entretenu.