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le 23 mai 2025
Treize ans après Rigor Mortis, Juno Mak revient avec Sons of the Neon Night, un film ambitieux attendu au tournant. Plongée visuellement saisissante dans un Hong-Kong dystopique, l’œuvre promettait un renouveau du polar hongkongais. Mais derrière son esthétique soignée, le film s’enlise dans une narration confuse et une mise en scène pesante, laissant une impression de vide malgré ses ambitions.
Révélé au public français il y a treize ans lors du Festival du film fantastique de Gérardmer, Juno Mak – chanteur, mannequin et producteur – avait suscité de grandes attentes en tant que cinéaste. Pourtant, depuis son premier long-métrage, Rigor Mortis, ces promesses sont restées en suspens. Ce film, bien qu’ambitieux, souffrait d’un excès d’effets spéciaux inégaux et d’une narration déséquilibrée. Avec Sons of the Neon Night, Mak délaisse les créatures issues de la mythologie chinoise pour plonger dans un univers post-apocalyptique, dominé par un trafic de drogue orchestré par un groupe pharmaceutique. Le récit, solidement ancré dans ce décor sombre, déroule un polar traversé d’alliances éphémères et de trahisons. Mais très vite, l’intrigue s’enlise dans une mise en scène lente et pesante de la noirceur morale, qui engloutit personnages et images. Ce sérieux affiché, d’abord prometteur, finit par laisser un goût d’artifice et de vacuité à l’issue de la projection.
Dans un néo-Hong Kong figé dans un hiver glacial – conséquence de retombées radioactives suggérées en creux – une fusillade de masse éclate dans le quartier de Causeway Bay, reproduite à l’échelle 1:1, servant de décor à une séquence d’ouverture spectaculaire. Les corps s’amoncellent, les secours peinent à atteindre les lieux. La confrontation qui s’ensuit n’est pas sans défauts, mais elle parvient à instaurer un climat menaçant, où la violence s’impose comme irréversible. Une autre scène, où un convoi est attaqué par des mercenaires armés d’arcs et de flèches, coche les cases du cinéma d’action à la hongkongaise. Toutefois, l’impact demeure limité : le montage confus nuit à la lisibilité des affrontements, qu’il s’agisse des fusillades ou des combats au corps à corps.
Le film, malgré des intentions respectables, s’enlise dans un chaos narratif. Il affirme que la cellule familiale constitue le véritable champ de bataille, avec des personnages qui cumulent plusieurs rôles, tiraillés entre loyauté et survie. Cette piste thématique, la plus claire du récit, se dilue pourtant dans une narration chorale où l’on perd de vue les noms, les parcours et les motivations de chacun.
Tourné en 2018 et retardé par la pandémie, le film aurait d’abord existé sous la forme d’un montage de sept heures. Près de cinq heures ont été retranchées pour aboutir à cette version finale, qui ambitionne de rendre hommage à L’Art de la guerre de Sun Tzu. Le titre chinois du film – Feng (Vent) Lin (Forêt) Huo (Feu) Shan (Montagne) – en témoigne, mais cette dimension stratégique peine à transparaître à l’écran. Sons of the Neon Night se présente comme un enchaînement de plans soignés, au visuel quasi monochrome, sans pour autant retrouver la rigueur formelle que Soi Cheang avait su imposer dans Limbo avec son noir et blanc assumé.
Le Festival de Cannes semble avoir été attentif aux retours positifs – et justifiés – autour de City of Darkness, également signé Soi Cheang et présenté en séance de minuit l’an dernier. Dès lors, proposer un film visuellement proche mais bien plus confus ne pouvait que décevoir. Car en dépit de son ambition esthétique, Sons of the Neon Night sacrifie sur l’autel du style toute épaisseur émotionnelle, tout développement de personnage, toute clarté narrative. Bilan des comptes : une œuvre qui impressionne visuellement mais reste fondamentalement creuse, à l’image de ces productions qui misent uniquement sur une stylisation excessive, sans parvenir à toucher ni à convaincre. On pense notamment à Die, My Love de Lynne Ramsay, en compétition cette année.
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Créée
le 21 mai 2025
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